samedi 25 février 2012

"Lydie"



C'est à la faveur de sa réédition avec une nouvelle couverture que j'ai découvert cette bédé. Au début des années 30, il règne une atmosphère joviale et chaleureuse dans l'impasse du Bébé à Moustaches, ainsi surnommée à cause d'une publicité quelque peu enjolivée par un garnement du coin. Camille, la fille simplette du conducteur de locomotive surnommé Papa Tchou-Tchou, met au monde un enfant de père inconnu - une petite fille mort-née qu'elle aurait voulu appeler Lydie. Son chagrin est immense. Mais deux mois plus tard, elle annonce rayonnante que Dieu lui a rendu son bébé. Et parce qu'elle n'a jamais été aussi heureuse, tous les habitants de l'impasse vont entrer dans son jeu, choyant l'enfant imaginaire et lui faisant une place dans leur vie au fil des ans...

"Pourquoi faire du mal quand il est si facile de faire du bien?" Cette question résume à elle seule la profonde humanité qui se dégage de cette histoire. Avec des couleurs douces et tendres, des visages pleins de caractère et de bonhommie, Jordi Lafebre met en images l'émouvant scénario de son comparse Zidrou. Leurs talents conjugués font osciller le lecteur entre rire et larmes jusqu'à un dénouement hélas un peu expéditif, qui coupe court à la nouvelle orientation prise dans les dernières pages. Malgré ce petit regret, je recommande vivement "Lydie", une bédé qui fait chaud au coeur comme on aimerait en lire plus souvent. Et bien qu'elle soit un peu plus chère, je vous conseille d'opter pour la nouvelle version enrichie d'un supplément de 8 pages qui révèle l'identité du papa de Lydie (ou alors, je n'ai rien compris!).

jeudi 23 février 2012

"American Fuji"



Alexander Thorn, psychologue et auteur d'un livre sur l'échec amoureux, se rend au Japon pour y donner une série de conférences. Il espère en profiter pour élucider le mystère de la disparition de son fils Cody. Un an auparavant, le jeune homme qui étudiait à l'université de Shizuyama a été victime d'un accident mortel. La société de pompes funèbres Gone with the Wind a renvoyé son corps aux Etats-Unis mais... sans le coeur, soigneusement prélevé alors que Cody était bouddhiste et donc opposé au don d'organes.

Gaby Stanton, une expatriée américaine installée au Japon depuis 5 ans, fut autrefois le professeur de Cody. Licenciée pour des raisons que personne n'a daigné lui expliquer, elle a retrouvé un emploi de vendeuse d'obsèques de rêve chez Gone with the Wind. Gaby est affligée d'une maladie gênante qui handicape sa vie sociale et l'empêche d'avoir des relations amoureuses. A contrecoeur, elle va unir sa solitude à celle d'Alex pour l'aider dans sa quête...

J'ai eu du mal à entrer dans ce livre. L'atmosphère des 50 premières pages est assez déprimante. Incapable de communiquer avec les gens qui l'entourent, Alex se montre complètement déboussolé par les moeurs nippones, tandis que Gaby, même si elle préfère vivre au Japon plutôt que de rentrer aux Etats-Unis, ne semble pas mener une vie très heureuse ni très épanouissante. Je trouvais que l'auteur portait un jugement bien sévère sur ce pays où elle a vécu plusieurs années, et cela me heurtait. Puis j'ai compris qu'il ne s'agissait pas de critiquer la culture japonaise, mais plutôt de mettre en évidence l'abîme qui sépare l'Orient de l'Occident, et surtout le décalage permanent dans lequel vivent les expatriés - plus vraiment chez eux dans leur pays d'origine, éternellement considérés comme des étrangers dans leur pays d'adoption.

Je connaissais déjà la plupart des coutumes, des comportements et des modes de pensée évoqués par Sara Backer, mais j'ai fini par apprécier l'analyse approfondie et nuancée à laquelle elle se livrait. Et même si je ne me suis pas attachée à ses personnages, elle a réussi à me tenir en haleine avec leur quête de vérité qui se heurte à la loi du silence japonaise. Si vous avez aimé "Lost in translation" pas seulement pour la plastique de Scarlett Johansson et le charme droopyesque de Bill Murray, "American Fuji" (ou sa traduction française "Fuji nostalgie") pourrait bien vous plaire aussi.

mardi 21 février 2012

"Je reviendrai avec la pluie"



J'ai tendance à me méfier des phénomènes littéraires. Le "Da Vinci Code", ses cliffhangers artificiels, ses énigmes pour enfants de 3 ans, sa théorie méga-fumeuse. "L'Elégance du Hérisson", ses personnages pas crédibles une seconde, son style atrocement pompeux. "La Délicatesse", ce monument d'insipidité. Je vous fais grâce de ce que je pense de l'ensemble de l'oeuvre de Marc Lévy et de Guillaume Musso: je suis sûre qu'il y a des gens très bien qui les apprécient. Les goûts et les couleurs...

Bref, le genre de bandeau qui entoure "Je reviendrai avec la pluie" aurait plutôt eu un effet repoussoir sur moi. Oui mais ce titre intrigant - cette tendre photo de couverture - cet auteur japonais inconnu au bataillon. Et surtout, ce résumé: "Depuis la mort de sa femme Mio, Takumi vit seul avec son fils Yûji, âgé de six ans. Il gère le quotidien et l'éducation de son fils du mieux qu'il peut. Une seule chose le fait tenir: la promesse de Mio qu'elle reviendrait avec la pluie. Le premier jour de la saison humide, cette promesse se réalise. Durant six semaines, le temps se suspend pour Mio et Takumi."

Le retour de l'épouse perdue va marquer le début d'une nouvelle histoire, car Mio a tout oublié de sa vie précédente avec Takumi et Yûji. Elle va simultanément retomber amoureuse de son mari, reprendre sa place de mère auprès de son fils et devoir se préparer à les perdre une seconde fois. J'ai adoré cette histoire romantique dans le plus pur style japonais, épurée et délicate, pleine d'une poésie intemporelle. La fin, qui n'est pas sans rappeler celle de "Le temps n'est rien" ("The time traveller's wife"), m'a tiré des larmes. "Retrouvons-nous un jour, encore, quelque part..." Les âmes sensibles devraient apprécier autant que moi.

lundi 20 février 2012

"Voyage au Japon - Tome 1: Tokyo"



En sortant du Higuma mercredi, nous sommes passés devant une boutique appelée Komikku, qui vendait essentiellement des ouvrages japonais traduits en français, plus quelques brols du style accessoires à bento ou peluches Totoro. Je vous recommande l'endroit: il est très bien achalandé, avec des vendeurs super gentils. J'y ai acheté trois bouquins, dont un roman génial (critique à venir très bientôt), et ce carnet de voyage qui venait juste de paraître.

Rémi et Sandrine, les auteurs, ont effectué leur voyage de noces au Japon entre septembre et octobre 2008. Ils le relatent ici, essentiellement en images. J'ai trouvé amusant de constater qu'ils n'avaient pas du tout exploré les mêmes endroits que nous, mais qu'ils avaient eu aussi craqué pour les grands magasins Tokyû Hands (notamment leurs immenses rayons dédiés aux loisirs créatifs) et pour Yanaka Ginza-Dori, une petite ruelle commerçante où le temps semble s'être arrêté il y a un demi-siècle. Je me suis demandé s'ils dessinaient sur place ou une fois rentrés chez eux d'après photos, et dans le premier cas, comment ils arrivaient à faire des aquarelles aussi élaborées accroupis à un coin de rue. Leurs représentations de Tokyo sont un peu sombres à mon goût, et insistent un peu trop sur l'aspect boisé de la ville, mais elles m'ont bien entendu donné envie de retourner illico presto au Japon.

jeudi 16 février 2012

"La liste de mes envies"



Le mot "liste" dans le titre. La photo des bobines de fil sur le bandeau. La mention "...a déjà séduit les éditeurs du monde entier". Forcément, j'étais obligée de m'offrir ce petit roman de Grégoire Delacourt.

Jocelyne Guerbette, 47 ans, tient une mercerie à Arras. Elle est mariée à Jocelyn, un homme un peu rustre mais dont elle reste très amoureuse malgré le drame qui a marqué leur couple: la perte d'une petite fille mort-née. Leurs deux autres enfants sont grands; ils ont quitté la maison et ne donnent guère plus de nouvelles. Jocelyne tient un blog qui marche très fort, est copine avec les jumelles du salon de coiffure/esthétique voisin, et s'occupe de son père dont la mémoire s'est trouvée réduite à six pauvres minutes suite à un AVC. Elle mène une vie que d'aucuns pourraient trouver ennuyeuse, mais qui suffit à la contenter. C'est une adepte des petits bonheurs, peu exigeante et sans envies extravagantes. Alors, quand elle gagne plus de 18 millions d'euros au loto, elle se demande si elle n'a pas tout à perdre en encaissant le chèque de la Française des Jeux...

Oserai-je le dire? Malgré un thème séduisant, quelques passages touchants et deux-trois réflexions très bien vues sur l'argent qui ne peut pas tout acheter, je me suis ennuyée en lisant "La liste de mes envies". Son style simple et parlé cherche sans doute à retranscrire l'humilité de l'héroïne; je l'ai juste trouvé pauvre. Son histoire se veut remuante; elle m'a semblé prévisible et convenue (à part peut-être pour la fin). Un livre pas totalement à jeter, mais une déception quand même.

mercredi 15 février 2012

"Furari"



Quoi de mieux que le dernier Jiro Taniguchi pour tuer une heure tout en dégustant un afternoon tea, après trois jours passés à battre le pavé parisien? Cette fois, le maître nous refait son "Promeneur Solitaire" version fin du XVIIIème, à une époque où la capitale impériale du Japon s'appelle encore Edo. Son héros, un homme d'affaires fraîchement retraité, est passionné par la cartographie. Il compte ses pas chaque fois qu'il déambule dans les rues de sa ville, et songe à entreprendre une longue expédition pour assortir une mesure à la notion de degré. S'il se passionne pour une science naissante, c'est aussi un doux rêveur qui aime se projeter dans le corps d'un chat, d'une tortue, d'une libellule ou même d'une fourmi, afin de voir le monde à travers leurs yeux. Comme tous les personnages de l'auteur, ce contemplatif a un don pour savourer la moindre rencontre et la plus minuscule des choses qui l'entourent. "Furari" est un Taniguchi sans surprise, pas celui que je préfère mais néanmoins tout à fait digne d'intérêt.

samedi 11 février 2012

"Le journal de campagne du capitaine Crapaud"



Pour les amateurs de créatures fantastiques: attention, ouvrage à ne pas manquer! Sous forme de journal intime illustré, Arnaud Stouffs nous entraîne à la découverte des Kobolds qui vivent dans les mines et de leur variante domestique les Bobottes. Il nous explique de quelle façon ils sont organisés, ce qu'ils mangent et boivent (rien de très ragoûtant pour des humains), comment se comportent leurs petits (de vraies publicités pour la contraception). Il nous dessine une carte des endroits où on les trouve en Europe, la façade d'une de leurs demeures souterraines ou le squelette d'un spécimen mâle.

Puis c'est au tour des fées, dont il brosse un portrait détaillé. Il les représente volontiers piercées, tatouées, mammelues et fort peu habillées. (Régis a plusieurs fois tenté de me piquer ce livre, le vilain sacripant!). "Le journal de campagne du capitaine Crapaud" est un vrai régal; avec son petit format (23,5 x 17 cm) et ses 128 pages imprimées sur un très beau papier, il trouvera une place de choix dans la bibliothèque de tous les amateurs du genre. Je viens juste de me commander le tome 2, préfacé par Pierre Dubois himself, et j'attends avec impatience de le recevoir! Le port est gratuit en Belgique, et l'auteur dédicace les exemplaires sur demande. Une chouette idée de cadeau à offrir ou à s'offrir.

dimanche 5 février 2012

"Et puis, Paulette..."



Après avoir failli acheter "Allumer le chat" puis "A Mélie, sans mélo", c'est finalement avec "Et puis, Paulette..." que j'ai concrétisé mon envie de découvrir Barbara Constantine.

Ferdinand vit seul dans une ferme beaucoup trop grande pour lui depuis que son fils et son acariâtre belle-fille ont déménagé, emmenant leurs deux garçons avec eux. Les Lulus lui manquent terriblement. Un jour, parce qu'une tempête a démoli le toit de sa pauvre bicoque, il propose à sa voisine de venir habiter chez lui en attendant que les réparations soient faites. Marceline est polonaise, ancienne violoncelliste et maman en deuil de ses deux filles. Malgré la gêne initiale, Ferdinand et elle s'apprivoisent; ils réchauffent leurs solitudes l'une à l'autre. Puis Gaby, une vieille amie de Ferdinand, décède après lui avoir fait promettre de s'occuper de son mari quand elle ne serait plus là. C'est ainsi que Guy devient le troisième occupant de la ferme... mais pas le dernier. Petit à petit, une véritable communauté d'entraide se crée autour de Ferdinand.

Par son histoire autant que par son style simple, direct et proche du parlé, "Et puis, Paulette..." m'a fortement rappelé les romans d'Anna Gavalda. Ici aussi, il est question de solidarité, de gens cabossés par la vie qui retrouvent espoir et chaleur humaine au contact les uns des autres. C'est peut-être un peu utopiste, mais plein de tendresse et de bons sentiments au meilleur sens du terme.

mercredi 1 février 2012

"A boire et à manger"



Je dois être la seule amatrice de bédé et de littérature culinaire qui, jusqu'à hier, ne suivait pas le célèbre blog de Guillaume Long. Mais à force d'entendre Funambuline en parler, c'est presque machinalement que j'ai attrapé un exemplaire de la version papier de "A boire et à manger" dans les rayons de la Fnac de Monpatelin, où j'étais venue uniquement pour faire l'emplette du dernier album de Leonard Cohen sorti le matin même. Et vu qu'il pleuvait ce jour-là (comme chaque jour depuis mon arrivée avec Chouchou mercredi dernier) (oui, ce même Chouchou à qui je ne cesse de vanter l'ensoleillement perpétuel de ma région natale par opposition à la météo déprimante de Bruxelles), nous sommes aussitôt allés nous réfugier dans mon salon de thé favori où, devant une tasse de Trois Empires, j'ai ouvert ma dernière acquisition avec plus de curiosité que d'enthousiasme.

A la fin du prologue, j'étais déjà en train de dire: "Ca a l'air pas mal". Après l'histoire sur le moulin à ail, je riais aux éclats et me promettais de filer chez Mmmmh dès mon retour à Bruxelles pour me procurer un de ces merveilleux engins. Après le "mini-guide pour reconnaître le poisson quand il a pas la forme du poisson" et choisir le mode de cuisson le plus adapté à chaque espèce, j'envisageais de faire une photocopie pour coller à l'intérieur d'une porte de placard dans ma cuisine. Après le récit de de la semaine passée par l'auteur à Budapest, je notais mentalement la capitale hongroise sur la liste de nos prochaine destinations de city trips. Bref, vous voyez le topo.

"A boire et à manger" est un merveilleux recueil dessiné d'anecdotes ayant trait à la nourriture, de recettes de cuisine, d'expériences culinaires, de trucs et astuces, de listes aussi drôles qu'utiles. Il m'a donné envie de me mettre aux fourneaux, de tester de nouveaux aliments, de partir en voyage pour goûter des spécialités locales, mais aussi et surtout de ressortir mes carnets et mes crayons abandonnés depuis trop longtemps. En plus, il m'a fait beaucoup rire - tout ça pour un prix inférieur à celui de la daube bédéesque la plus surmédiatisée du moment, et un temps de lecture double ou triple. Un ouvrage à savourer de toute urgence, donc, et vers lequel on n'hésitera pas à revenir encore et encore comme vers un plat favori dont on ne se lasse jamais.