lundi 19 juin 2017

"Eléctrico 28" (Davide Cali/Magali Le Huche)


Bonjour, je m'appelle Armalite et j'achète des livres pour enfants juste pour les jolis dessins. Ici, ceux de Magali Le Huche dont j'avais adoré la version illustrée du roman jeunesse "Verte" de Marie Desplechin. En plus, l'histoire se passe à Lisbonne, une ville que j'adore et où j'ai déjà séjourné deux fois. Le tram 28, d'un jaune bien pimpant, est une institution là-bas: il monte et descend à travers les quartiers populaires, dans des passages parfois à peine plus larges que lui et en dessinant des virages hyper serrés.

Amadeo est le conducteur d'un de ces trams, un grand romantique qui se plaît à favoriser les rapprochements entre amoureux transis à l'aide de trois manoeuvres de son cru. Jusqu'au jour où il se retrouve à la retraite et se sent un peu seul... L'histoire est tendre et pleine de charme, l'atmosphère de Lisbonne rendue avec beaucoup de justesse. "Eléctrico 28": une jolie invitation au voyage et aux bisous, à partir de 3 ans et sans limite d'âge!



dimanche 18 juin 2017

"Les sorcières du clan du Nord T1: Le sortilège de minuit" (Irena Brignull)


Il y a 300 ans, une prophétie a prédit qu'une Hawkweed deviendrait la nouvelle reine de tous les clans de sorcières. Crécerelle Hawkweed tient à ce que le pouvoir revienne à sa fille Surelle. Alors, quand sa soeur Charlock accouche à son tour, elle se débrouille pour échanger magiquement le bébé contre une autre fillette née au même moment.

Ainsi Poppy, brune et ombrageuse, grandit-elle au sein d'une famille ordinaire en provoquant à la fois la folie de sa mère et quantité de phénomènes qui échappent à sa compréhension. De son côté, Clarée, blonde et douce, mène la triste existence d'une sorcière sans pouvoir méprisée par toutes ses soeurs. Mais à l'adolescence, le destin finit par les réunir - et contre toute attente, une amitié très forte grandit entre elles...

J'avoue: plus encore que le thème, c'est la superbe couverture embossée de "Le sortilège de minuit" qui m'a donné envie de le lire. Qu'il s'agisse du physique des deux héroïnes, de leur façon de s'habiller ou de l'endroit dont elles sortent, tout ce qui les oppose y est parfaitement illustré. Poppy et Clarée ont grandi avec l'impression de ne pas être à leur place, un sentiment commun à beaucoup d'adolescent(e)s. Sauf que dans leur cas, elles ont raison sur un plan très littéral! 

Plusieurs choses m'ont agréablement surprise dans ce premier roman d'Irena Brignull. D'abord, au lieu de situer cette histoire dans un monde de fantasy ou un passé vaguement historique, l'auteure choisit de la faire se dérouler de nos jours dans un pays occidental qui n'est jamais nommé - mais où on boit du Coca zéro. Comme elle s'abstient également de moderniser le concept de sorcières, elle produit un authentique choc de cultures entre le clan archaïque installé dans des roulottes au fond des bois et le monde extérieur qui est celui que connaissent tous les lecteurs. (En contrepartie, on a parfois du mal à suspendre son incrédulité: il semble impossible que les sorcières n'aient jamais été découvertes et, avec tous leurs pouvoirs, se contentent de vivre en recluses sur un territoire aussi limité!)

Autre bonne surprise: l'atmosphère très noire, surtout pour un roman jeunesse. La mère de Poppy est devenue folle et a dû être internée; son père tient la jeune fille responsable de tous leurs malheurs et ne lui prodigue jamais la moindre marque d'affection. Leo, le garçon qui va bientôt se retrouver tiraillé entre Poppy et Clarée, est SDF depuis plusieurs années, et l'auteure présente ses conditions de vie sous un angle des plus réalistes qui tord le coeur. Je ne suis pas fan des triangles amoureux, bien trop fréquents à mon goût dans la littérature jeunesse, mais le personnage de Leo est ici celui que j'ai trouvé le plus attachant. 

Le point faible de ce tome 1, c'est qu'il explore assez peu le fonctionnement de la société des sorcières (il ne s'attarde pas non plus sur le monde ordinaire où Poppy a grandi, mais on s'en fout, parce que tous les lecteurs le connaissent déjà). Par exemple, chaque clan vivant tout seul dans son coin en auto-suffisance, on peine à comprendre l'intérêt et la fonction d'une reine, ou la raison pour laquelle les sorcières sont prêtes à s'entre-tuer pour des questions de succession, ce qui amoindrit l'impact de la confrontation finale. Mais comme il s'agit d'une série, j'imagine que le sujet sera abordé dans les tomes suivants. 

Merci à Gallimard Jeunesse pour cette lecture. 

samedi 17 juin 2017

"Miss you" (Kate Eberlen)


Teresa et Angus se croisent pour la première fois à Florence, à la fin de l'été 1997. Teresa est alors sur le point de perdre sa mère d'un cancer et de voir ses rêves d'études universitaires s'envoler car elle est la seule à bien vouloir s'occuper de sa petite soeur autiste, Hope. De son côté, Angus court pour oublier que quelques mois plus tôt, son frère aîné Ross - le fils préféré de leurs parents - est mort dans un accident de ski. Il s'apprête à faire médecine comme le défunt, mais sans aucun enthousiasme. Au fil des ans, Teresa et Angus ne vont cesser de se rater partout où ils iront avant de se découvrir à un moment où il semble qu'il n'y a plus d'espoir pour eux...

Si cette présentation de "Miss you" vous rappelle "Un jour" de David Nicholls, c'est bien normal - moi-même, je n'ai cessé de comparer les deux durant ma lecture. Mais le roman de Kate Eberlen, lui, fait fi de tout souci de vraisemblance. Seize ans de rencontres manquées pour que, à la fin, les deux héros se rappellent qu'ils se sont parlé pendant trente secondes lors de leurs précédentes vacances en Italie. J'avoue, je suis jalouse de leur mémoire. En revanche, ils peuvent se garder le manque de discernement qui leur fait enchaîner des choix de vie épouvantables jusqu'au moment où le coup de foudre les frappe enfin et où ils commencent à parler mariage au bout de 24 heures.

On ne dirait pas, mais j'ai dévoré "Miss you". Malgré l'énorme suspension d'incrédulité qu'il exige du lecteur, je l'ai trouvé bien écrit, à la fois touchant et réaliste dans sa façon d'aborder des sujets difficiles tels que le deuil, l'autisme ou le cancer. J'ai apprécié le fait que les vies parallèles des deux héros se faisaient écho de maintes façons, de sorte qu'ils semblaient réellement destinés l'un à l'autre. Et j'ai beaucoup apprécié la conclusion de Gus, dans le genre "De toute façon, on ne sait jamais de quoi demain sera fait". Puis ce n'est pas tous les jours qu'on lit une histoire d'amour qui s'arrête au moment de la rencontre des amoureux!

Article publié à l'origine en septembre 2016, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

vendredi 16 juin 2017

"Comment maximiser (enfin) ses vacances" (Anne Percin)


MAXIME MAINARD EST DE RETOUR!

Pardonnez-moi de crier, mais j'ai littéralement bondi de joie en découvrant au hasard du rayon jeunesse de ma Fnac qu'Anne Percin venait de sortir un quatrième tome des aventures de son héros si gouailleur et attachant. Déjà deux ans que j'avais dévoré les trois premiers, et je n'espérais pas revoir Maxime un jour. Pour une bonne surprise...

Dans "Comment maximiser (enfin) ses vacances", Maxime vient de décrocher son bac avec mention très bien et... d'être recalé à l'entrée de Sciences Po, où il rêvait de faire ses études depuis toujours. C'est l'occasion d'explorer sa nouvelle passion pour la musique. Maxime embarque les autres membres de son groupe de rock, mais aussi ses potes Alex et Kévin, sa petite amie Natacha et même sa soeur Alice: direction le bassin d'Arcachon, où le Kremlin a été engagé pour se produire durant le festival de la Moule...

Autant le dire de suite: je n'ai pas tout aimé dans cette "saison 4". L'humour de Maxime, qui me faisait mourir de rire jusqu'ici, m'a paru souvent forcé, et extrêmement lourdingue par moments. Surtout, j'ai eu un gros problème avec le fait que, lors de ses disputes avec Natacha, tous deux se bousculent et se mettent des claques. Je trouve que banaliser la violence physique sous prétexte qu'il s'agit de jeunes gens au tempérament vif est un parti pris dangereux lorsqu'on s'adresse à un lectorat adolescent. Même s'il ne s'agit que de deux ou trois scènes courtes sur 400 pages, c'est un élément qui m'a beaucoup dérangée, voire choquée.

A côté de ça, l'auteure décrit très bien les sentiments de Maxime lorsqu'il est sur scène, la façon dont la musique le transporte. Et j'ai aimé qu'elle l'amène à remettre son avenir en question, à s'interroger sur ce qu'il veut vraiment et à envisager des possibilités nouvelles - c'est, de nos jours, un thème qui peut parler à beaucoup d'adultes! C'était chouette aussi d'en apprendre davantage sur les acolytes de Maxime, notamment les trois autres membres du Kremlin, et de les voir évoluer au fil du temps. Dans l'ensemble, malgré tout, un bilan de lecture mitigé qui m'empêche de souhaiter une "saison 5".

jeudi 15 juin 2017

"Outrun the moon" (Stacey Lee)


San Francisco, 1906. Fille d'un couple d'immigrés chinois, Mercy Wong est une adolescente pleine de caractère, comme le trahissent ses pommettes hautes selon sa mère qui lit sur les visages et prédit l'avenir. Bien qu'amoureuse de son ami d'enfance Tom, elle n'a aucune intention de devenir une épouse docile: elle veut faire fortune, habiter un manoir sur Nob Hill et surtout arracher son petit frère Jack aux seize heures quotidiennes de labeur harassant qui l'attendent au pressing tenu par leur père. A force de détermination et de ruse, elle parvient à intégrer St-Clare, une académie réservée aux jeunes filles de la bonne société blanche - où elle reçoit un accueil plus que tiède de certaines de ses camarades autant que de la sévère directrice. Jusqu'à ce jour d'avril où un monstrueux séisme ravage la ville...

Comme c'est rafraîchissant de lire un roman jeunesse où les préoccupations amoureuses de l'héroïne n'occupent qu'une place ultra-secondaire! Féministe un peu avant l'heure, Mercy refuse d'entrer dans les cases préparées pour elle et se montre admirablement entreprenante. Malgré son esprit rebelle, elle est très attachée à sa famille et à sa communauté, et son bon coeur la pousse à vouloir sauver tout le monde - comme le lui reproche la blonde Elodie Du Lac, sa némésis à St-Clare. A travers Mercy, Stacey Lee explore le thème du racisme de façon vivante et concrète. Elle utilise intelligemment le drame du tremblement de terre pour bouleverser la donne sociale et tisser entre les survivants éplorés des liens qui auraient été inimaginables dans d'autres circonstances. En refermant "Outrun the moon", on a le coeur à la fois serré et gonflé d'espoir. J'espère qu'il sera très vite traduit en français (et au pire, je veux bien m'en charger moi-même!).

jeudi 8 juin 2017

"Eleanor Oliphant is completely fine" (Gail Honeyman)


Eleanor Oliphant, bientôt 30 ans, travaille au service financier d'une société de design graphique, à Glasgow. Ses collègues se moquent ouvertement de sa façon de s'exprimer et de ses manières bizarres, mais Eleanor s'en fiche. C'est une créature de principes et de routines. Tous les midis, elle mange son sandwich en faisant les mots croisés du journal. Tous les vendredi soir, elle va faire ses courses chez Tesco. Et tous les week-ends, elle reste enfermée chez elle avec sa plante Polly, à descendre 2 litres de vodka pour ne surtout rien ressentir. 

Eleanor n'a pas d'amis et pas de famille hormis une mère enfermée dans un hôpital psychiatrique, qui lui téléphone tous les mercredi soir pour la rabaisser et l'humilier encore et encore. Mais malgré les cicatrices sur le côté droit de son visage, malgré son enfance trimballée de famille d'accueil en famille d'accueil, malgré la violence du seul petit ami qu'elle a jamais eu, Eleanor trouve que sa vie n'est pas si affreuse. Lors d'une soirée organisée par son entreprise, elle a le coup de foudre pour le chanteur d'un groupe local et décide immédiatement qu'il est l'homme de sa vie. Fidèle à son mode opératoire, elle met au point une stratégie logique pour le conquérir...

J'ai acheté "Eleanor Oliphant is completely fine" en pensant tenir un "The Rosie project" ("Le théorème du homard") au féminin. Mais Eleanor n'est pas une autiste Asperger attachante en dépit de sa maniaquerie: c'est une femme au passé dramatique qui s'est délibérément isolée pour se protéger, une survivante pragmatique qui refuse l'auto-apitoiement et assume sa totale absence de compétences sociales. Si j'ai souvent souri à la lecture de ses réflexions, ce n'était pas parce que je me moquais d'elle mais parce qu'elle mettait en évidence l'absurdité de beaucoup de nos conventions. Et parce qu'il fallait bien cette part d'amusement pour contrebalancer l'émotion poignante que le personnage suscite un peu plus à chaque chapitre. Au fur et à mesure qu'elle réapprend à s'ouvrir grâce à sa rencontre avec Raymond (le nouveau du service informatique qui mange la bouche ouverte, s'habille comme l'as de pique et envoie d'incompréhensibles mails en langage SMS), Eleanor voit remonter à la surface des souvenirs réprimés depuis trop longtemps, et petit à petit, on reconstitue son histoire tragique en même temps qu'elle, jusqu'à une fin surprenante qui évite tous les écueils de la mièvrerie. Un très beau premier roman, et une héroïne que je n'oublierai pas de sitôt.

mercredi 7 juin 2017

"A boire et à manger avec Sonia Ezgulian" (Guillaume Long)


Pour le quatrième tome de sa série "À boire et à manger", Guillaume Long s'est associé avec la sympathique restauratrice Sonia Ezgulian qui lui fait découvrir ses recettes fétiches. Si l'idée pouvait sembler bonne, j'avoue n'avoir que peu apprécié le résultat. D'abord, ce n'est plus tout à fait une bédé: la moitié des pages environ est consacrée à des souvenirs écrits de Sonia Ezgulian ou au récapitulatif "au propre" des recettes abordées dans les pages dessinés. Au final, ce que j'apprécie dans ABAM n'occupe donc que 50% de l'ouvrage. 

De plus, si les recettes présentées mettent souvent l'eau à la bouche, beaucoup d'entre elles contiennent des ingrédients dont je n'ai jamais entendu parler et que je doute de pouvoir trouver facilement: le citron caviar du fameux beurre au citron caviar, pour n'en citer qu'un seul. Recherche effectuée, en plus d'être rare, il coûte une blinde! Or ce qui était sympa dans ABAM à l'origine, c'était justement que toutes les recettes pouvaient être reproduites facilement et sans faire des frais énormes. Bref, malgré la découverte d'une restauratrice à l'univers culinaire non dénué d'intérêt, je ne suis pas séduite par ce tome.

mardi 6 juin 2017

"Banana girl: jaune à l'extérieur, blanche à l'intérieur" (Kei Lam)


A l'âge de six ans, Kei Lam débarque à Paris avec sa mère pour rendre visite à son père, un artiste peintre qui vit là depuis un an. Elles sont censées rester deux semaines; en fait, elles ne repartiront jamais à Hong-Kong. 

L'auteure raconte sa découverte de la culture française, la curiosité qu'elle inspire à ses camarades de classe, les appartements minuscules dans lesquels sa famille va longtemps s'entasser, les problèmes administratifs auxquels ses parents sont confrontés et la façon dont, ayant très vite appris la langue locale, elle doit souvent servir de trait d'union entre eux et leur nouveau pays. 

Les dessins au trait en noir et blanc de son récit cèdent parfois la place à de belles illustrations aux couleurs éclatantes. Dans l'ensemble, "Banana girl" propose un témoignage intéressant, souvent amusant, parfois plus grave, mais toujours sincère et plein de charme.






Concours "Le défi aux étoiles T1: Génésis": la gagnante!




C'est donc Larissa qui remporte le livre cette fois. 

Envoie-moi tes coordonnées postales à: leroseetlenoir@hotmail.com

Merci à toutes pour votre participation, et à bientôt pour d'autres concours!

lundi 5 juin 2017

"La passe-miroir T3: La mémoire de Babel" (Christelle Dabos)


Deux ans et sept mois qu'Ophélie se morfond sur son arche d'Anima. Aujourd'hui il lui faut agir, exploiter ce qu'elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d'informations divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, elle rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuses suffiront-ils à déjouer les pièges d'adversaires toujours plus redoutables? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn?

Rarement j'ai attendu un livre avec autant d'impatience que ce tome 3 de "La passe-miroir". Trop d'impatience, sans doute, car lorsque j'ai entamé ma lecture, la déception s'est révélée aussi cuisante que mes attentes étaient stratosphériques. Pourquoi? Si vous tenez à le savoir, je vais devoir vous spoiler légèrement...

"La mémoire de Babel" se déroule sur l'arche du même nom. Et si je trouve que c'était une bonne idée de changer de cadre, tant l'univers inventé par Christelle Dabos semble offrir de possibilités alléchantes, je n'ai pas du tout été séduite par Babel qui n'a pour elle ni la fantaisie d'Anima, ni le mystère du Pôle ou l'extravagance de la Citacielle. Hormis pour quelques détails tels que les tramoiseaux et le Mémorial (dont le concept rappelle fortement le Mundaneum de Mons), rien sur cette arche ne m'a fait rêver.

Ensuite, Ophélie passe presque tout le bouquin dans une sorte de pensionnat où elle se fait bizuter et harceler pendant des mois, un thème que je trouve d'une banalité à pleurer comparé à l'intrigue des deux premiers tomes. Ici aussi, il se produit une série de crimes autour d'elle, mais qui se diluent dans les péripéties scolaires au point de ne m'avoir inspiré quasiment aucun intérêt. Globalement, l'action se traîne jusqu'au dernier quart du livre.

Enfin, mon plus grand regret est la quasi-absence de tous les personnages secondaires que j'en suis venue à adorer: Berenilde, la tante Roseline, l'insolent Archibald, Gaëlle et Renard ne font que de très fugaces apparitions, et à part peut-être Octavio, les nouvelles connaissances d'Ophélie à Babel sont toutes trop fades ou trop antipathiques pour susciter un véritable attachement.

Cependant, il faut admettre que Christelle Dabos écrit toujours aussi bien, et que la seconde moitié du bouquin se révèle nettement plus intéressante que la première. A elles seules, les révélations des derniers chapitres garantissent que je lirai le quatrième et dernier tome dès sa sortie. Même si je l'attendrais sans doute avec davantage de circonspection.

mardi 30 mai 2017

"Les secrets de Brune" (Bruna Vieira/Lu Cafaggi)


Brune doit bientôt entrer dans un nouveau collège sur sa propre demande, mais sa timidité la paralyse. Elle n'ose pas aller vers les autres, et elle a peur que personne ne lui adresse la parole. Alors elle se confie à ses cahiers et à sa meilleure amie Elsa...

Basée sur la véritable histoire de la blogueuse et youtubeuse brésilienne Bruna Vieira, "Les secrets de Brune" propose une série de courtes vignettes extraites du quotidien de l'héroïne plutôt qu'un scénario avec un début et une fin. Ici, pas de grands drames de type harcèlement scolaire, juste une hypersensibilité qui bloque l'adolescente dans son rapport aux autres.

Les illustrations tendres et douces de Lu Cafaggi restituent à merveille les états d'esprit de Brune, qui se voit minuscule quand il lui semble passer inaperçue et géante lorsqu'elle craint que l'attention générale soit braquée sur elle. Car en bonne adolescente, c'est une mine de contradictions: elle veut et ne veut pas qu'on la voie, s'est fait tatouer mais refuse de montrer les hirondelles sur son bras, se maquille pour qu'on la trouve jolie mais vit les compliments comme une agression. Une bédé touchante et qui sonne juste. 

Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture. 





lundi 29 mai 2017

Concours: "Génésis T1: Le défi des étoiles" (Claudia Gray)


Noemi Vidal se bat pour l’indépendance de la planète Génésis, une ancienne colonie de la Terre, dans une guerre qui oppose depuis des années son peuple et les armées de robots terriens. Lors d’une attaque-surprise, Noemi se réfugie dans un vaisseau abandonné où elle rencontre Abel, le prototype le plus sophistiqué jamais conçu. Abel devrait être son ennemi juré… mais la programmation de celui-ci l’oblige à obéir aux ordres de Noemi. Même si cela implique de combattre son propre camp, il devra l’aider à sauver Genesis. Tandis qu’ils traversent la galaxie, Noemi comprend qu’Abel est plus qu’un robot… et ce qu’Abel ressent dépasse toutes les limites de la programmation.

J'ai pris beaucoup de plaisir à traduire "Génésis T1 : Le défi des étoiles", un très joli roman de SF jeunesse paru il y a deux semaines chez Castelmore (et qui, malgré l'appellation de tome 1, propose une histoire complète en elle-même). Je vous propose aujourd'hui d'en gagner un exemplaire. Pour cela, laissez-moi un commentaire ci-dessous. Clôture du concours le lundi 5 juin à 23h59; tirage au sort et annonce du gagnant le lendemain. Envoi en Europe seulement. Bonne chance à tous!

vendredi 26 mai 2017

"Les mystères de Larispem T2: Les jeux du siècle" (Lucie Pierrat-Pajot)


L'an dernier, je découvrais avec beaucoup de plaisir le premier tome de la série jeunesse steampunk "Les mystères de Larispem". Si "Le sang jamais n'oublie" était essentiellement axé sur la découverte de l'univers, la présentation des personnages et la mise en place de l'intrigue, "Les Jeux du Siècle" démarre à fond dans l'action en réunissant les trois héros pour les faire participer ensemble à une sorte de jeu de l'oie grandeur nature qui se livre dans les différents arrondissements de Larispem, et dont les épreuves se révèlent toutes plus spectaculaires les unes que les autres. Bien entendu, ils devront affronter des adversaires redoutables, prêts à tout pour les éliminer...

Enfin sorti de l'orphelinat, Nathanaël a une chance de se bâtir une vie bien à lui chez les louchébems; confrontée à une tragédie familiale, la formidable Carmine baisse le masque et s'adoucit un peu; quant à Liberté, elle doit encaisser la découverte de ses origines et se colleter avec le décryptage du livre de Louis d'Ombreville. Pendant ce temps, un coup d'Etat se dessine sur fond d'attentats-suicide qui font tristement écho à l'actualité réelle. Lucie Pierrat-Pajot soigne son atmosphère autant que ses scènes d'action et continue à peindre de jeunes héros très différents les uns des autres mais tous aussi attachants. Bien que les révélations ne soient pas nombreuses dans ce tome 2, les pièces se mettent en place pour une confrontation finale qui s'annonce haletante. La suite (et fin), vite!

Merci à Gallimard Jeunesse pour cette lecture. 

mercredi 24 mai 2017

"Une soeur" (Bastien Vivès)


Comme chaque été, Antoine, 13 ans, va passer les grandes vacances au bord de la mer avec ses parents et son petit frère Titi. Mais cette fois, une amie de sa mère, qui vient de faire une fausse couche et dont le compagnon est en déplacement à l'étranger, les rejoint avec sa fille Hélène. Au contact de cette adolescente plus âgée et plus audacieuse que lui, Antoine va connaître ses premiers émois...

J'avoue: pour le suivre sur les réseaux sociaux et avoir lu d'autres de ses productions, j'ai toujours du mal à croire que Bastien Vivès puisse, à l'occasion, faire preuve de la sensibilité et de la délicatesse dont on pouvait déjà se délecter dans "Polina". Les expériences qu'il décrit ici sont si universelles; elles ont déjà été mises en scène tant de fois qu'"Une soeur" aurait pu être un ouvrage terriblement anodin et dispensable.

Au lieu de ça, l'auteur restitue avec beaucoup de justesse l'ambiguïté de la relation entre Antoine et Hélène, le mélange d'excitation et de crainte, d'incertitude et d'émerveillement que la seconde inspire au premier. On a tous connu un été pareil à un rite de passage. Dans un décor similaire, celui des soeurs Tamaki m'avait laissée assez froide il y a trois ans, mais celui de Bastien Vivès a su m'émouvoir jusqu'à la dernière image. 

jeudi 11 mai 2017

"Bien des ciels au-dessus du septième" (Griet Op de Beeck)


Eva a 36 ans; elle travaille auprès des détenus d'une prison et croit très fort qu'ils peuvent s'en sortir. Mais malgré son empathie et sa bienveillance, les hommes ne voient que ses kilos en trop, et Eva se sent bien seule. Sa nièce Lou, 12 ans, gamine mature qui adore dresser des listes, galère pas mal depuis son entrée au collège à cause d'une pimbêche kleptomane nommée Vanessa. Elsie, la soeur d'Eva et la mère de Lou, clame haut et fort son bonheur conjugal avec un néphrologue plus préoccupé par ses patients que par son couple, mais tombe folle amoureuse de Casper, un ami peintre d'Eva également en couple de son côté. Quant à Jos, le père d'Eva et Elsie, il ne supporte plus ni l'aigreur perpétuelle de sa femme, ni le lourd secret qu'il garde depuis trente ans, et peine à finir ses phrases entre deux verres de genièvre...

Avec beaucoup de finesse psychologique et une jolie plume, la néerlandaise Griet Op de Beeck nous fait entrer dans la tête de ses cinq personnages pour écouter la petite voix intime qui égrène leurs réflexions, leurs doutes, leurs chagrins. Certains font semblant pour la galerie; d'autres se mentent à eux-mêmes, esquivant les sujets douloureux jusque dans leur for intérieur. Malgré son joli titre, "Bien des ciels au-dessus du septième" n'est pas un roman feelgood qu'on referme le sourire aux lèvres, mais plutôt une galerie douce-amère de portraits entrecroisés, pleine de sensibilité et d'une poésie souvent douloureuse.

samedi 6 mai 2017

"Le journal intime de Baby George" (Clare Bennett)


"Le journal intime de Baby George", c'est - comme son nom l'indique assez bien - le journal intime fictif du futur héritier de la couronne d'Angleterre entre son premier et son deuxième anniversaires. Icône populaire dès sa naissance, George prend ses responsabilités très au sérieux et travaille déjà dur avec les différentes équipes chargées de son image publique. Ses parents sont accros aux séries télé, surtout Homeland, Downton Abbey et Game of Thrones. Kate, dotée d'une chevelure hypnotisante et fan de One Direction, passe son temps à comploter avec son BFF Harry et à lancer des vannes au reste du monde. William se soucie beaucoup de la protection des animaux, est un peu benêt et ne comprend pas toujours tout ce qu'on lui raconte (mais il rosit très souvent). Son oncle Harry demande sa tante Pippa en mariage trois fois par an et met régulièrement la honte à William en lui faisant des clés de cou. Son grand-père paternel parle à ses plantes, et son grand-père maternel ne va nulle part sans s'être déguisé. Son arrière-grand-mère est l'unique souverain d'Europe capable de réparer elle-même un véhicule à moteur grâce à la mini-trousse d'outils qui ne quitte jamais son sac - quand elle ne louche pas méchamment sur Brad Pitt en visite avec Angelina et leur smala au grand complet. Sa grand-tante Anne, super compétitive, tanne tout le monde pour jouer à des jeux de société à chaque réunion de famille. David, l'ami qui rend visite à son arrière-grand-mère une fois par semaine pour discuter de la gestion du royaume, est un boulimique dans le déni. Bref, George a déjà largement de quoi s'occuper avec tous ces barjots, et pas du tout envie de voir débarquer le cadet dont on vient de lui annoncer la naissance prochaine...

Vous cherchez un livre drôle et sans prétention qui vous fera rire aux éclats ou glousser bêtement le nez enfoui dans ses pages? Vous éprouvez une inexplicable affection pour la famille royale d'Angleterre et possédez une bonne connaissance de la culture populaire récente? N'allez pas chercher plus loin, et dépêchez-vous de vous procurer le réjouissant "Journal intime de Baby George" (en VO: "The Prince George diaries") de Clare Bennett.

4th August 2014
Mummy and Daddy are in Belgium today because of the First World War. My stylist dressed me in the traditional belgian costume of a beret and smock for my Skype call with them before supper. I like to show an interest in their trips, even when my schedule doesn't allow me to join them, because it's important to be supportive. Not my favourite costume, but my stylist said it was either that or they'd have to dress me as a waffle. 

5th December 2014
Who is Father Christmas by the way, and how does he know all this stuff about me? When I refused to eat the stupid kale and threw it on the floor, Maria Teresa said Father Christmas would know and I might go on the Naughty List. Well, hear this, Father Christmas - I too have a list of my own. It's called "People Who Will Never Get Knighthoods". You've been warned.

12th March 2015
Mummy went to the set of Downton Abbey today. Everyone was SO jealous. She came back with a wooden train for me from the George character in the story. She says he is the one who is only going to inherit an Earldom, poor thing.
- Did they tell you anything? Daddy asked desperately when she got home. 
- I watched some of the filming, yes, Mummy said.
- Tell me Isis is actually OK and it was all just a dream? Daddy said. 
- You don't have the clearance, I'm afraid, Mummy said. 

20th March 2015
Mummy started Googling baby names on her iPhone. 
- What about something from Game of Thrones? They're very popular at the moment. Daenerys or Tyrion or Jon Snow? she said. Then HBO might let us in on future plot lines. 
- Dracarys after one of Khaleesi's dragons? Uncle Harry said. 
- There are dragons in Game of Thrones? Daddy asked, sounding surprised. 
- You know nothing, Prince William, Mummy said in a wistful voice. 
- If you didn't spend every episode with your back turned and a cushion over your face shouting, "What's happening? What's happening?", you'd know that, Uncle Harry said. 
- But it's so brutal, Daddy said. 
- Brutal and BRILLIANT, Uncle Harry said. I still miss Sean Bean, though. 
- Why? What happened to him? Daddy asked. 

Article publié à l'origine en décembre 2015, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

mardi 2 mai 2017

"La maison des reflets" (Camille Brissot)


Dans un futur proche, les Maisons de Départ sont capables de fabriquer des clones virtuels de personnes récemment décédées, pour permettre à leurs proches de passer encore du temps avec elles et de faire leur deuil en douceur. Daniel Edelweiss, 15 ans, est l'héritier putatif du plus célèbre de ces établissements, où il a grandi entre un père absent, une mère morte et une gouvernante sévère qui lui sert aussi de préceptrice. Même si ses amis sont tous des reflets, même s'il ne sort jamais de chez lui, le jeune homme ne souffre d'aucune solitude et se prépare avec beaucoup de zèle à prendre la relève une fois adulte. Jusqu'au jour où son père lui confie la création d'un premier décor pour la Maison Edelweiss, et où Daniel se décide à s'aventurer à l'extérieur afin d'y chercher de l'inspiration. Dans une fête foraine de passage, il rencontre la radieuse Violette avec laquelle il entame une correspondance qui va bouleverser sa vision des choses et changer le cours de sa vie...

"Face à un deuil, on est toujours seul, il me semble. C'est un gouffre qui se creuse en nous, et personne ne peut en imaginer la profondeur car il faudrait oser s'en approcher, se pencher au-dessus du vide, perdre soi-même une partie de son équilibre. Et tout ça pour quoi? Pour découvrir l'épaisseur du chagrin qui se cache au fond et réaliser que la petite flamme que l'on a apportée s'y noiera aussitôt. Alors, on fait un pas en arrière. On se dit que la tristesse passera avec le temps, ou des formules de ce genre."

Pour son huitième roman, Camille Brissot a choisi d'aborder un sujet bien lourd par un angle qui, sans le dépouiller de sa gravité, lui prête un aspect presque onirique, une mélancolie douce qui aide le lecteur à réfléchir aux concepts d'humanité et de deuil en même temps que son jeune héros. J'ignore si ce récit initiatique parlera aux adolescents qui en sont la cible première; pour ma part, j'ai été enchantée par son originalité comme par ses références mythologiques, charmée par le dosage subtil de ses éléments doux et amers. "La maison des reflets" parle d'amour et de mort, de chagrin et d'espoir, et elle le fait avec un talent qui donne envie de s'intéresser aux autres ouvrages de l'auteur.

Merci aux éditions Syros pour cette lecture. 

dimanche 30 avril 2017

"Umami" (Laïa Jufresa)


Début des années 2000, à Mexico. Cinq maisons se dressent dans la Cour Cloche-en-terre. Amère est occupée par Marina Mendoza, une jeune provinciale anorexique qui enseigne les arts plastiques et invente des noms de couleurs par centaines: blanssible, jaunaigre, mauvasile... 
Ana Pérez Walker, quatorze ans, projette de planter une milpa traditionnelle dans la courette de Salée où elle vit avec ses parents, ses deux petits frères et le souvenir de la benjamine Luz morte noyée pendant les vacances chez leur grand-mère américaine. Sucrée abrite l'école de musique familiale. 
Pina, la meilleure amie d'Ana, vit seule avec son père Beto dans Acide depuis que sa mère, une danseuse qui avait des fourmis dans les jambes, les a plantés là pour refaire sa vie au bord de la mer.
Alfonso Semitiel, le propriétaire, s'est réservé Umami. Cet anthropologue spécialisé dans la consommation d'amarante est aussi le veuf inconsolable de Noelia Vargas Vargas, figure caractérielle et complexe avec qui il continue à dialoguer par-delà la mort tout en veillant sur les poupées qu'ils ont adoptées faute de réussir à avoir des enfants. 

Roman choral narré tour à tour par un habitant de chacune des maisons de la Cour Cloche-en-terre, "Umami" présente en outre la particularité d'être monté à l'envers: au lieu de se diriger vers un dénouement, il remonte dans le temps jusqu'à la source de la situation présentée dans les premiers chapitres. Une pièce après l'autre, le puzzle se met en place et dévoile la totalité de son image, mais à rebours. 
Si j'ai adoré cette construction, je n'ai pas accroché également à la voix de chacun des narrateurs. Mon préféré est de loin Alfonso qui, sans se leurrer sur ni sur ses propres défauts ni sur ceux de son épouse, parvient à garder vivant l'amour qui les unissait des années après la mort de cette dernière. La perte d'un être aimé (ou, dans un cas particulier, une carence affective plus floue) et les moyens par lesquels on y survit tant bien que mal: tel est le thème central de ce roman haut en couleurs et étonnamment savoureux. 

vendredi 28 avril 2017

"Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" (Céleste Ng)


1977, Ohio. Lydia Lee, seize ans, est une élève et une fille modèle. Elle est le grand espoir de son père, d'origine chinoise, qui projette sur elle ses rêves d'intégration, et de sa mère qui espère à travers elle accomplir ses ambitions professionnelles déçues. Mais à quoi rêve Lydia en secret? Lorsque la police découvre son corps au fond d'un lac, la famille Lee, en apparence si soudée, va affronter ses secrets les mieux gardés...

Si j'avais beaucoup entendu parler de ce roman à succès, d'abord lors de sa sortie en VO, puis de sa parution française en grand format, je m'imaginais à tort qu'il s'agissait d'un thriller. En réalité, dans "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit", le suspense est plutôt d'ordre psychologique. On est assez vite fixé sur les circonstances probables de la mort de Lydia, de sorte que la problématique réelle consiste à démontrer comment on en est arrivé là.

L'auteur procède par flashbacks qui auscultent les blessures intimes des parents à travers leur propre jeunesse, les circonstances de leur mariage et la naissance de chacun de leurs trois enfants. Elle démonte habilement l'implacable mécanique qui pousse James et Marilyn à ignorer leur fils aîné Nathan - pourtant un élève brillant - et leur petite dernière Hannah - toujours si discrète - pour placer sur les épaules de Lydia une pression que celle-ci n'a pas réclamée et dont elle souffre malgré son statut d'enfant préférée. C'est ainsi qu'une famille qui, en apparence, a tout pour être heureuse est gangrénée jusqu'à la moelle par les non-dits accumulés au fil des ans. Jusqu'au drame.

J'ajoute que ce roman bénéficie d'une belle écriture et d'une traduction fluide qui font défiler les pages toutes seules. Dans l'ensemble, une lecture très prenante.

mercredi 26 avril 2017

Concours "5 mondes T1: Le guerrier de sable": la gagnante!



C'est donc Dcerisier qui remporte le livre cette fois. 

Envoie-moi tes coordonnées postales le plus rapidement possible à: leroseetlenoir@hotmail.com

Merci à toutes pour votre participation, et à bientôt pour d'autres concours!

dimanche 23 avril 2017

"Chaussette" (Loïc Clément/Anne Montel)


Chaussette, c'est la voisine de Merlin qui avait du mal à prononcer son vrai prénom (Josette) quand il était petit. Elle vit seule avec son chien Dagobert et, chaque jour, observe une routine tellement précise qu'on pourrait régler une horloge dessus. Jusqu'au matin où, seule pour une fois, la vieille dame commence à se comporter très bizarrement. Merlin la suit pour tenter d'élucider le mystère...

Sur un thème aussi potentiellement déprimant que la solitude des personnes âgées, il aurait été facile de faire une bédé larmoyante ou moralisatrice. Mais le talent des auteurs de "Chaussette", c'est justement d'aborder tous les sujets avec une tendresse pudique qui n'exclut jamais la fantaisie et fait de leurs ouvrages un régal pour les petits comme pour les grands.

Les lecteurs fidèles et attentifs seront récompensés par des apparitions de personnages ou des allusions graphiques à d'autres oeuvres du duo Clément-Montel, qui un livre après l'autre tisse un univers plein de douceur et d'humanité dans lequel on rêverait de vivre. Je vous dirais bien d'acheter cet album les yeux fermés, mais ça ne serait probablement pas le meilleur moyen d'en profiter!




vendredi 21 avril 2017

Concours: "5 mondes T1: Le guerrier de sable" (Mark et Alexis Siegel/Xanthe Bouma/Matt Rockefeller/Boya Sun)


Les changements climatiques mettent en péril l'équilibre des 5 mondes et la guerre est sur le point d'éclater. Malheureusement, ce n'est pas Oona, l'apprentie danseuse de sable, qui pourrait y changer quelque chose. A moins que sa rencontre avec un jeune garçon des rues et un champion de starball ne bouleverse sa destinée et celle de la galaxie entière... Entre aventure, science-fiction et quête initiatique, plongez dans l'univers vertigineux du Guerrier de sable, premier tome d'une épopée à la dimension écologique. 

Pour remporter un exemplaire de cette grosse bédé (plus de 250 pages!), laissez-moi un commentaire dans lequel vous me direz quelle est à votre avis votre meilleure habitude écolo - pour moi, c'est le fait que je n'ai pas de voiture et que je me déplace surtout à pied ou par les transports en commun. Clôture le mardi 25 avril à 23h59; tirage au sort et annonce du gagnant le lendemain. Envoi en Europe seulement. Bonne chance!

jeudi 20 avril 2017

"Mon midi, mon minuit" (Anna McPartlin)


Emma et John sont ensemble depuis l'adolescence. Douze ans plus tard, ils filent toujours le parfait amour - jusqu'à ce que, suite à une fête un peu trop arrosée, John soit brutalement emporté par un accident de la route. Heureusement, Emma peut compter sur sa famille et ses amis pour l'entourer pendant qu'elle réapprend à vivre sans lui... 

Sur un thème assez similaire, j'avais énormément aimé "Les derniers jours de Rabbit Hayes", premier roman d'Anna McPartlin à être traduit en français. Aussi n'ai-je pas hésité à investir dans "Mon midi, mon minuit" dès sa sortie. Je l'ai même emporté pour un long voyage en train. Et sans ça, je l'aurais abandonné au bout de 3 chapitres. Là, comme je n'avais rien d'autre à lire, je me suis farci près de 400 pages d'un style à la platitude consternante, de personnages atrocement banals et d'intrigue prévisible à dix lieues avec, cerise sur le gâteau, un bon petit fond de bondieuserie mièvre. Renseignements pris, "Mon midi, mon minuit" est la traduction d'un roman écrit en 2005. La chose la plus gentille que je puisse dire à son sujet, c'est qu'il prouve combien un(e) auteur(e) peut évoluer en l'espace de dix ans.

mercredi 19 avril 2017

"Les filles au lion" (Jessie Burton)


En juin 1967, Odelle Bastien, originaire de Trinidad, quitte son emploi de vendeuse de chaussures pour devenir dactylo à la galerie Skelton. Sa patronne, l'énigmatique Marjorie Quick, se prend d'affection pour elle et l'encourage dans ses ambitions littéraires. Puis Odelle fait la connaissance de Lawrie Scott, dont la mère vient juste de mourir en lui laissant pour tout héritage un tableau assez particulier. Celui-ci s'avère être l'oeuvre d'un peintre espagnol talentueux mais méconnu, disparu durant la guerre civile d'Espagne.

En janvier 1936, la famille Schloss s'installe dans un petit village près de Malaga. Harold, le père est autrichien et marchand d'art; Sarah, la mère, belle et dépressive; Olive, leur fille de dix-neuf ans, passionnée et secrète. Très vite, ils font la connaissance d'Isaac et Teresa, les enfants illégitimes de Don Alfonso qui régente tout dans la région. Militant communiste très mal vu par son père, Isaac fascine Olive qui tombe amoureuse de lui, cependant que Teresa, entrée au service des Schloss en tant que domestique, observe jalousement les faits et gestes de son frère et de sa toute première amie... 

Après le très bien écrit mais atrocement déprimant "Miniaturiste", Jessie Burton livre un nouveau roman historique dont l'intrigue repose sur les secrets de ses protagonistes. Cette fois, elle fait des aller-retour entre deux époques et deux pays très différents, où plusieurs éléments-clés se font pourtant écho parfois à l'insu du lecteur. Si j'ai préféré les chapitres consacrés à l'histoire d'Odelle, c'est dans les autres que se noue le drame fondateur de "Les filles au lion", au milieu de paysages luxuriants bientôt ravagés par les troubles politiques de l'époque. 

L'auteure met ses personnages en place avec une grande habilité et dose les révélations pour qu'on ne s'ennuie jamais mais que, même si on peut croire le contraire, on ne devine pas non plus le fin mot de l'histoire avant les dernières pages. Avec un style toujours aussi évocateur et prenant, elle aborde par deux fronts très différents le sujet du besoin de reconnaissance des artistes. Un excellent roman, maîtrisé de bout en bout et sur tous les plans, mais que sa couverture française (dont le classicisme terne ne correspond pas du tout au tableau décrit par Jessie Burton) m'aurait découragée d'acheter si je ne me l'étais pas déjà procuré en VO

lundi 17 avril 2017

"Le livre des possibles" (Erika Swyler)


Simon Watson vit seul dans sa maison familiale du détroit de Long Island, perchée au sommet d'une falaise qui s'effrite lentement dans la mer. Ses parents sont morts tous les deux depuis des années: sa mère par noyade, son père de chagrin. Sa soeur cadette Enola travaille comme voyante dans une fête foraine ambulante et ne l'appelle que rarement. Sur le point de perdre son emploi de bibliothécaire en raison de coupes budgétaires, Simon se demande comment il va bien pouvoir financer les travaux indispensables pour sauver sa maison. 

Un jour de fin juin, il reçoit un livre mystérieux dans lequel figure le nom de sa grand-mère. Cet ancien registre de cirque raconte l'histoire de deux amants maudits: un Garçon Sauvage et une Sirène qui faisaient partie de la troupe deux siècles auparavant. Fasciné par leur histoire, ainsi que par les étranges dessins de cartes de tarot qui émaillent les pages, Simon découvre que toutes les femmes de sa famille ont une fâcheuse tendance à mourir noyées un 24 juillet. Parviendra-t-il à contrer la malédiction pour sauver Enola, qui vient de réapparaître après une absence de plusieurs années? 

Ne vous laissez pas abuser par sa couverture peu excitante: "Le livre des possibles" (en VO: "The Book of Speculation") est un roman original à l'atmosphère étouffante juste ce qu'il faut. Nous suivons en parallèle l'histoire de Simon, de nos jours, et celle de son ancêtre Amos deux siècles plus tôt. Tous deux placés sous le signe de l'eau, les récits - dont l'un est narré à la première personne et l'autre à la troisième, ce qui permet d'instaurer la distance nécessaire avec les événements du passé - se font écho de maintes façons bien entendu pas du tout fortuites. Au fil des chapitres alternés se révèle une histoire sombre empreinte d'un fantastique subtil, qui touche à leur insu non pas une mais trois familles aux destins entremêlés. Plutôt qu'au "Cirque des Rêves" (auquel il a été défavorablement comparé pour la seule raison qu'une partie de l'action se déroule dans le milieu des forains), ce roman d'Erika Swyler m'a de par son atmosphère fait penser à ceux d'Alice Hoffman, une auteur que j'adore. Une lecture prenante.

Article publié à l'origine en septembre 2015, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

vendredi 14 avril 2017

"Appuyez sur étoile" (Sabrina Bensalah)


Avril Bonjour a 19 ans, les cheveux violets et l'ambition de devenir une coiffeuse célèbre. Elle vit à Saint-Etienne avec son père divorcé et sa mémé, une ancienne hôtesse de bar qu'elle aime tendrement. Le jour où un médecin lui annonce qu'elle est condamnée par un cancer au cerveau, la vieille dame émet un voeu: mourir au sommet d'une montagne, sous les étoiles. Pour l'exaucer, Avril va mobiliser ses copines délurées, son meilleur ami Tarik qui rêve d'ouvrir un kebab bio, et même le petit frère et les amis de celui-ci. Pendant ce temps, sur son lit d'hôpital, Mémé délire et converse avec une voix mystérieuse...

A partir d'un sujet somme toute assez plombant, Sabrina Bensalah réussit à écrire un roman jeunesse incroyablement pêchu. Oui, Avril doit grandir d'un coup pour accompagner la fin de vie de sa grand-mère adorée, et l'auteure ne minimise pas la brutalité de cette épreuve. Mais autour de l'inévitable tristesse, la vie pétille dans tous les recoins d'"Appuyez sur étoile". Dans le soutien inconditionnel que lui apportent les amis d'Avril, dans leur langage joyeusement cru, dans leurs petites combines pas franchement légales mais pas non plus immorales, dans le passé fièrement assumé d'une mémé pas comme les autres, dans les belles convictions anti-consuméristes deM. Bonjour, dans l'énergie qu'Avril et Tarik mettent à réaliser leurs rêves, dans tous les bonheurs minuscules que l'héroïne sait savourer. Une très jolie découverte.

J'ai reçu ce livre des éditions Sarbacane en échange d'une critique objective. 

mardi 11 avril 2017

"Le projet Starpoint T1: La fille aux cheveux rouges" (Marie-Lorna Vaconsin)


Pythagore Luchon a quinze ans et s'apprête à entrer en seconde pour une année sans surprise. Il sait qu'il devra supporter les moqueries sur sa mère, qui est prof de maths dans son lycée. Il sait aussi qu'il lui faudra trouver le courage d'aller plus souvent à l'hôpital voir son père, un ancien chercheur en physique quantique plongé dans le coma à la suite d'une agression.

Une chose le réjouit: il va retrouver sa meilleure amie, Louise Markarian. Mais dès les premiers jours, Pyth découvre que Louise s'est liée à une nouvelle du nom de Foresta Erivan, une fille aux cheveux rouge sang, souvent habillée de cuir et au tempérament explosif. A cause d'elle, Louise l'ignore et commence à sécher les cours. 

Pythagore déplore silencieusement la présence de cette Foresta qui l'exaspère autant qu'elle l'attire, jusqu'à ce qu'elle débarque chez lui en pleine nuit pour lui annoncer que Louise a disparu. Pour la retrouver, ils doivent passer par ce qu'elle appelle l'"angle mort" des miroirs. Pyth la prend pour une folle mais la suit, sans se douter qu'il est sur le point de basculer dans un monde parallèle - le monde dans lequel Foresta a grandi et où Louise est sur le point de se perdre.

Je ne vais pas vous mentir: je n'avais jamais entendu parler ni de Marie-Lorna Vaconsin, ni de son premier roman, ni même de la collection dans laquelle il est paru. Pas vu passer la moindre promo ni la moindre critique malgré mon intérêt pour les romans jeunesse et le fantastique. C'est la superbe couverture de "La fille aux cheveux rouges" qui m'a incitée à le prendre en main dans une librairie, à lire sa présentation et à parcourir les premières pages vite fait, pour voir si le style d'écriture me plaisait. Comme c'était le cas, je me suis laissée emporter par ma curiosité.

Je pensais passer un bon moment de lecture avec un peu de chance. Au lieu de ça, j'ai dévoré le roman dans la journée et tout de suite commencé à exhiber des symptômes de manque tels que je n'en avais pas ressentis depuis la fin du tome 2 de "La passe-miroir". Non que les univers des deux séries se ressemblent, mais ils partagent une grande originalité qui donne envie d'en découvrir plus sur eux, et une auteure qui sait révéler leurs secrets au goutte-à-goutte pour donner au lecteur soif de toujours plus.

Basé sur des principes de physique quantique plutôt que sur une atmosphère steampunk, ce premier tome du "Projet Starpoint" offre un scénario plein de rebondissements passionnants et jamais prévisibles; on ignore totalement où l'auteure nous emmène, mais on se laisse entraîner avec délices - et un léger vertige. L'écriture est fluide, du niveau d'un roman pour adultes, et particulièrement évocatrice dans les scènes où les perceptions de Pythagore sont chamboulées par des phénomènes propres au monde de Foresta. Le bouquin refermé, on se surprend à manipuler ses miroirs de salle de bain pour voir si, par hasard, on ne pourrait pas créer son propre angle mort et voir où on arrivera. (Ou peut-être que c'est juste moi.) Bref, un très gros coup de coeur en ce qui me concerne.

samedi 8 avril 2017

"Bad girls throughout history" (Ann Shen)


Vous avez adoré les deux tomes des "Culottées"? Vous voulez plus d'histoires de femmes qui n'en ont fait qu'à leur tête à travers le monde et les époques? Vous lisez l'anglais? "Bad girls throughout history: 100 remarkable women who changed the world" est fait pour vous. On y retrouve certaines des figures déjà évoquées par Pénélope Bagieu comme Wu Zetian, Nellie Bly, Hedy Lamarr ou Josephine Baker, mais dans l'ensemble, ses choix et ceux d'Ann Shen se recoupent assez peu, et c'est tant mieux!

Ici, la vie des héroïnes n'est pas mise en bédé mais résumée en une page et accompagnée d'une très chouette illustration. Les portraits sont classés par ordre chronologique, depuis Lilith la badass originelle jusqu'à la benjamine Malala Yousafzai.

Si certaines des femmes évoquées sont très, très connues (Cléopâtre, Marie-Antoinette, Jeanne d'Arc, Elizabeth Ière, Jane Austen, Marie Curie, Rosa Parks, Margaret Thatcher, Bettie Page, Oprah...), et si j'ai eu plaisir à retrouver certains de mes modèles personnels (Helen Keller ou Judy Blume), j'ai aussi fait de belles découvertes, comme Diana Nyad qui, à l'âge de 64 ans, a nagé de Cuba jusqu'à la Floride sans l'aide d'une cage à requins. Vu que je risque la noyade chaque fois que je me douche, je ne pouvais être qu'admirative! Le seul reproche que je ferais à ce livre c'est que, malgré ce que la couverture laisse espérer, les femmes blanches y sont sur-représentées: j'en compte 78 sur 100...





jeudi 6 avril 2017

"Une bobine de fil bleu" (Anne Tyler)


C'est l'histoire des Whitshank.

Je ne sais pas quoi écrire d'autre pour décrire ce bouquin.

J'ai souvent lu qu'Anne Tyler était une grande romancière américaine, et j'ai un énorme faible pour les chroniques familiales. Je me rappelle avec quelle délectation j'ai dévoré "Les corrections" de Jonathan Franzen jadis, ou plus récemment, le diptyque "Nos plus beaux souvenirs" - "Emily" de Stewart O'Nan. J'aime entrer dans la tête des personnages, découvrir leurs relations compliquées, leurs petits secrets, les faits marquants de leur jeunesse qui ont modelé leur caractère d'adulte. M'attacher à eux en dépit de leurs faiblesses, voire grâce à elles. Espérer que leurs problèmes se résoudront, même si ça ne peut pas, ne doit pas toujours être le cas dans un récit réaliste. 

Là? J'avais juste envie que tous les Whitshank crèvent les uns après les autres pour que s'achève ce bouquin atrocement ennuyeux. 

Dans "Une bobine de fil bleu", je n'ai réussi à m'attacher à aucun des personnages, ce qui en l'espace de 400 pages relève presque de l'exploit. La mère, Abby, sur laquelle se focalise l'essentiel de la narration, devrait apparaître comme sympathique avec son boulot de travailleuse sociale et sa manie de recueillir les gens seuls ou dans une passe difficile, mais je l'ai trouvée transparente de bout en bout, y compris dans la partie où on revisite sa jeunesse et sa rencontre avec le père, Red. Parmi ses quatre enfants, l'auteure laisse complètement les deux filles de côté: on saura juste que l'une est avocate en tailleur, l'autre un peu garçonne et menuisière dans l'entreprise familiale. Quant aux deux garçons: Denny est une véritable tête-à-claques, le type pas fiable dont on ne sait jamais trop comment il gagne sa vie, qui passe son temps à apparaître et disparaître sans explication (le lecteur n'en aura pas davantage que ses parents). Stem a une histoire potentiellement intéressante, mais qui n'est exploitée que de façon brève et superficielle. Les petits-enfants jouent les vulgaires figurants. Après avoir serré les dents pendant une grosse moitié du bouquin parce que je n'avais rien d'autre à lire sous la main, j'ai survolé les 150 dernières pages pour en finir au plus vite. Même l'écriture m'a semblé plate et inintéressante. Un pensum. 

mardi 4 avril 2017

"Chasseurs de livres T1" (Jennifer Chambliss Bertman)


Tous les ans, la famille Crane empaquette ses affaires et déménage dans un nouvel endroit - objectif: vivre tour à tour dans chacun des cinquante Etats américains. Cela n'est pas du goût d'Emily, douze ans, qui ne peut de ce fait jamais nouer d'amitiés durables. Heureusement, elle a une passion qui l'aide à oublier tout le reste: le jeu Book Scavenger, consistant à trouver des livres cachés dans des lieux publics. Et cette fois, ses parents ont justement décidé de s'installer à San Francisco, la ville de Garrison Griswold, le créateur de Book Scavenger, au moment exact où celui-ci lance une nouvelle chasse au trésor... 

Je ne pouvais qu'être intriguée par Book Scavenger, ce croisement du geocaching (que j'ai pratiqué assidûment pendant plusieurs années) et du bookcrossing (que j'ai essayé brièvement et sans aucun succès). L'auteure de "Chasseurs de livres" en fait un jeu haletant que j'aurais adoré pratiquer à l'âge d'Emily - ou même aujourd'hui, d'ailleurs! Son héroïne est une préado solitaire par la force des choses, mais qui va durant ce premier tome découvrir l'amitié, ses joies et ses difficultés tout en résolvant des énigmes littéraires basées sur l'oeuvre d'Edgar Poe. A mettre entre les mains de tous les jeunes lecteurs âgés de 9 ans et plus!

vendredi 31 mars 2017

"La petite librairie des gens heureux" (Veronica Henry)


Julius, le père bien-aimé qui l'avait élevée seul, vient juste de mourir, et Emily se sent le devoir de reprendre la librairie qu'il avait créée. Hélas, si Nightingale Books est devenu un lieu incontournable dans leur joli village des Cotswolds, elle perd beaucoup d'argent, et un promoteur local insiste pour en faire l'acquisition. Ecrasée par l'ampleur de la tâche, Emily s'interroge sur son avenir tandis que défilent devant elle des clients pour qui Julius était, bien plus qu'un simple commerçant, un passeur et un ami très cher...

En ce moment, j'ai besoin de livres-doudous qui font chaud au coeur, et malgré son titre un peu cucul, "La petite librairie des gens heureux" (en VO: "How to Find Love in a Bookshop") était exactement ce qu'il me fallait. Si quelques romances naissent effectivement dans ses pages, l'histoire est bien davantage centrée autour du deuil d'Emily, des problèmes de ses clients et du pouvoir transformateur de la littérature. Le paisible village de Peasebrook offre un cadre idyllique à l'action, et ses habitants sont si adorables qu'on se surprend à vouloir emménager là pour toujours, au sein de cette communauté chaleureuse et accueillante. Si vous avez lu et aimé Maeve Binchy ou Erica James, vous devriez adorer Veronica Henry.

Article publié à l'origine en octobre 2016, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

mercredi 29 mars 2017

"A gentleman in Moscow" (Amor Towles)


Le 21 juin 1922, le comte Alexander Ilych Rostov comparaît devant un tribunal bolchévique à Moscou. Parce qu'il est l'auteur d'un poème célèbre, publié avant la révolution et que beaucoup considèrent comme un appel aux armes, il n'est pas condamné à être fusillé mais assigné à résidence à l'Hôtel Métropole, où il résidait depuis quatre ans et dont il ne pourra plus sortir jusqu'à la fin de sa vie. Pas question de conserver sa suite somptueuse et ses trésors de famille: il sera installé dans une chambre de bonne avec les seules affaires que celle-ci pourra contenir. Pourtant, le comte ne se laisse pas abattre. Il aménage de son mieux son minuscule logis, développe une routine plaisante à l'intérieur de l'hôtel, se fait des amis parmi le personnel et devient le compagnon d'aventures d'une fillette de neuf ans prénommée Nina...

Voici quelques années, j'avais adoré le premier roman d'Amor Towles. Si l'auteur continue plus ou moins à explorer la même période historique que dans "Les règles du jeu", c'est à l'autre bout du monde qu'il nous emmène cette fois, dans la Russie dirigée par Staline. Et bien que "A gentleman in Moscow" évoque la domination communiste dans toute sa dualité - beaux idéaux et ferveur populaire d'une part, bureaucratie abusive et répression aveugle de l'autre -, c'est pour mieux souligner l'atmosphère presque hors du monde et du temps qui règne à l'intérieur du Métropole. Alexander est un personnage attachant, noble au meilleur sens du terme, plein de beaux principes mais profondément humaniste, doté une grande culture et d'un humour très fin. A l'exception d'un moment de désespoir, il fait toujours preuve de combattivité et de grandes ressources intérieures, porte toujours un regard humble autant qu'intelligent sur la société et les gens qui l'entourent. Et très vite, on se surprend à l'envier plutôt qu'à le plaindre, à vouloir aussi jouer les Eloïse adultes dans cet hôtel cinq étoiles.

lundi 27 mars 2017

"Dark matter" (Blake Crouch)


A 27 ans, Jason Dessen travaillait sur un projet qui aurait pu révolutionner la physique quantique. Puis il a rencontré Daniela Vargas, une jeune artiste qui est très vite tombée enceinte de lui. Tous deux ont alors mis leurs ambitions professionnelles de côté pour fonder une famille. Aujourd'hui, ils sont heureux ensemble et avec leur fils Charlie, mais s'interrogent sur le chemin qu'ils n'ont pas pris.

Jusqu'au jour où un inconnu braque Jason dans la rue, l'entraîne dans un entrepôt isolé et le bombarde de questions sur sa vie privée avant de l'assommer. Quand Jason reprend connaissance, il se trouve dans un autre monde, un monde où il travaille pour une organisation secrète qui a percé le secret du multivers, un monde où il est un génie acclamé mais a quitté Daniela à l'annonce de sa grossesse et sacrifié sa vie privé à sa carrière... 

Ce roman de Blake Crouch était n°1 des ventes sur Amazon lorsque je l'ai acheté, et vous savez combien je suis fan d'uchronies personnelles. Poussée par la curiosité, j'ai donc fait une entorse à ma règle et l'ai commandé en grand format pour me jeter dessus. Et j'avoue m'être retenue de lever les yeux au ciel pendant le premier tiers. Oui, bon, le mystérieux agresseur masqué, il faudrait être débile pour ne pas comprendre tout de suite de qui il s'agit. Franchement, quelle histoire cousue de fil blanc! Et puis cette manie de retourner à la ligne après chaque phrase, argh...

Après, je suis arrivée dans le deuxième tiers avec ses accents post-apocalyptiques, et j'ai trouvé ça tellement noir et angoissant que j'ai failli lâcher l'affaire. Mais même si je voyais toujours comment ça allait se terminer, mon intérêt était piqué. Ce qui ne m'empêchait pas de fulminer: prôner que le bon choix de vie, c'est forcément le mariage et la famille, que réaliser une découverte scientifique majeure pâlit en comparaison des joies du foyer, ça me paraissait terriblement convenu et réducteur. 

Et puis dans le dernier tiers, l'auteur est enfin parti dans une direction totalement inattendue et très intéressante, présentant à son protagoniste un dilemme affreux et apparemment insoluble, et l'histoire a viré au thriller psychologique haletant. Tout le long, j'ai eu l'impression de lire le scénario d'un blockbuster, calibré au millimètre sans aucun temps mort et avec beaucoup de scènes d'action - et de fait, en lisant les remerciements à la fin, j'ai découvert qu'un film était en cours de préparation. 

En conclusion, malgré quelques défauts hurlants, "Dark matter" (en VO ici) vaut bien la peine d'être lu, surtout si vous êtes vaguement fasciné par la physique quantique, le multivers et la notion d'identité.

Article publié à l'origine en août 2016, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date