vendredi 28 juillet 2017

"Aujourd'hui tout va changer" (Maria Semple)


Eleanor Flood a conscience qu'elle fait n'importe quoi. Mais aujourd'hui, tout va changer. Aujourd'hui, elle va se doucher et s'habiller. Elle ira au yoga après avoir déposé son fils à l'école. Elle ne jurera pas. Elle prendra l'initiative de faire l'amour avec son mari. Elle achètera local et irradiera le calme. C'est sans compter la relique du passé qui va surgir dans sa vie - l'ébauche d'un roman graphique mettant en scène la soeur à qui elle ne parle plus depuis des années. Et soudain, les objectifs modestes d'Eleanor vont voler en éclats...

D'entrée de jeu, on se doute qu'on va avoir affaire à une héroïne aussi barrée que celle de "Bernadette a disparu", une pépite de drôlerie que j'avais adorée à l'époque de sa parution. Hélas! Si Eléanor est tout aussi asociale et névrosée que Bernadette, elle ne possède aucun de ses côtés attachants. Et même si l'auteure tente de le justifier par une enfance difficile, son narcissisme hallucinant la rend très vite antipathique. Tout au long de la journée qu'on passe avec elle, je n'ai cessé de souhaiter que son pauvre mari la trompe voire la quitte et que son malheureux gamin aille se faire adopter par quelqu'un d'autre. Seuls quelques passages mordants mais très justes, généralement des observations sarcastiques sur la société moderne, m'ont empêchée de lâcher "Aujourd'hui tout va changer" en cours de route. Mais jai survolé les 50 dernières pages et poussé un gros soupir de soulagement à la fin. 

mercredi 26 juillet 2017

"J'aime le nattô" (Julie Blanchin-Fujita)


Expatriée à Tokyo depuis fin 2009, l'illustratrice Julie Blanchin raconte en images ses aventures nippones: ses appartements de style années 70 et ses petits boulots successifs, sa découverte de la nourriture et des coutumes locales, son apprentissage de la langue japonaise, l'ascension du Mont Fuji avec ses parents venus lui rendre visite, les tremblements de terre de mars 2011, sa rencontre avec celui qu'elle finira par épouser... Elle montre ce qu'elle aime et n'aime pas dans ce pays si différent du nôtre, évoque ses particularités plus ou moins connues: les toilettes sidérales, les transports en commun super efficaces, les vélos qui roulent à tombeau ouvert sur les trottoirs mais aussi l'omniprésence des cafards et des cigales asiatiques appelées semis. Malgré un style graphique assez différent, on pense très fort au "Tokyô sanpo" de Florent Chavouet - et on prend le même plaisir à s'immerger de nouveau dans la culture japonaise vue à travers les yeux d'un(e) gaijin. "J'aime le nattô": un mélange de carnet de voyage et de carnet intime très réussi!





lundi 24 juillet 2017

"One of us is lying" (Karen M. McManus)


Ils sont cinq à être collés ce jour-là. La meilleure élève de terminale, l'athlète le plus prometteur du lycée, la princesse du dernier bal de promo, le marginal qui deale de la drogue après les cours, et le blogueur qui dévoile en ligne tous les secrets des autres. Contrairement aux apparences, nous ne sommes pas dans "The breakfast club", et à la fin de l'heure, seuls quatre d'entre eux sortiront vivants de la salle de retenue. Qui a tué le cinquième, et pourquoi?

Attention: roman jeunesse hautement addictif! Je l'ai commencé un dimanche après-midi et terminé le soir même. Même si son style n'a rien d'extraordinaire (les quatre adolescents dont elle présente tour à tour le point de vue ont tous la même voix, si bien qu'il m'arrivait d'oublier qui était en train de raconter ce qui lui arrivait), l'auteure sait distiller les révélations au compte-goutte et maintenir le lecteur en haleine jusqu'à la fin. Elle montre très bien l'influence des média et des réseaux sociaux sur l'opinion publique, l'impact de la révélation des secrets de chacun, la façon dont les quatre suspects sont mis à l'écart par leurs camarades et se rapprochent les uns des autres pour tenter de résoudre le mystère. Au-delà des archétypes initiaux, elle réussit à faire d'eux des personnages plus complexes que prévu, parfois même surprenants et au final tous attachants. Je ne doute pas qu'un éditeur français proposera bientôt une traduction de "One of us is lying".

samedi 22 juillet 2017

"Le parfum des fraises sauvages" (Angela Thirkell)


On devrait inventer une appellation de genre rien que pour ces comédies qui se passent dans la campagne anglaise au cours de la première moitié du XXème siècle, dans la belle maison d'une famille noble ou bourgeoise dotée de multiples rejetons et d'autant de domestiques. Ma dernière découverte en la matière s'appelle "Le parfum des fraises sauvages", et c'est un bijou de drôlerie. Contemporaine de ses personnages, l'auteure se moque allègrement d'eux de bout en bout. La matriarche, lady Emily, est une pipelette d'une étourderie ahurissante, qui brasse de l'air à longueur de journée et laisse derrière elle un sillage de chaos. Son mari se méfie des étrangers, trouve l'éducation nuisible et désapprouve le travail des femmes. Leur fille Agnès se pâme d'admiration devant ses trois jeunes enfants qu'elle se cesse de qualifier de "vilains" avec des trémolos d'extase dans la voix, et chaque fois qu'on lui demande son avis, elle suggère qu'on s'adresse plutôt à son mari Robert, car "un homme peut toujours tout arranger". Leur fils David, charmant bellâtre, assume joyeusement de ne s'intéresser qu'à sa propre personne. Les personnages secondaires sont tous ridicules chacun à sa façon propre. Ecrit au premier degré, ce roman serait un portrait consternant des travers de l'époque. Là, il est aussi délicieux que les fruits des bois dont il porte le nom.

jeudi 20 juillet 2017

"La mélodie familière de la boutique de Sung" (Karin Kalisa)


A l'occasion de la semaine cosmopolite de son école, le petit Minh est sommé d'apporter un "objet culturel" de son pays. Et peu importe qu'il soit né dans ce quartier de Prenzlauer Berg, dans l'ancienne Berlin-Est, et n'ait jamais mis les pieds au Vietnam! Sa grand-mère Hien lui vient en aide en exhumant de sa malle aux souvenirs une marionnette en bois traditionnellement utilisée pour des spectacles aquatiques, dont elle se sert pour conter l'histoire de son immigration en Allemagne. 

Emus, les habitants du quartier se prennent de curiosité pour la culture vietnamienne. Les têtes se couvrent de chapeaux de pailles pointus; les élèves adultes affluent dans le cours de langue de Hien; un potager communautaire se crée pour produire des légumes exotiques, et d'étranges ponts de bambou éphémères apparaissent entre les toits des immeubles...

Premier roman d'une auteure spécialiste de la culture asiatique, "La mélodie familière de la boutique de Sung" est une joyeuse ode à la curiosité envers ceux qui ne nous ressemblent pas, un conte résolument optimiste dont tous les personnages voient leur vie enrichie par l'intérêt qu'ils se mettent à porter à des voisins ignorés jusque là. Et si, comme toutes les oeuvres qui promeuvent la tolérance et l'entente entre les peuples, il peut paraître utopique voire carrément naïf, c'est le genre de naïveté qui fait du bien à l'âme et dont nous avons plus que jamais besoin en ce moment. 

Merci aux éditions Héloïse d'Ormesson pour cette lecture.

mardi 18 juillet 2017

"La fourmi rouge" (Emilie Chazerand)


Vania Strudel a quinze ans et une prédisposition certaine à la lose. D'abord, elle est affectée par un ptosis congénital, une paupière tombante qu'elle planque sous ses cheveux filasses, ni bruns ni blonds. Ensuite, elle joue de l'hélicon, instrument anti-glamour par excellence, vénère Milan Kundera, n'écoute pas la bonne musique et ne porte pas les bons vêtements pour une ado de son époque. Et puis, son père, qui l'élève seul, exerce le métier vaguement flippant de taxidermiste et roule en voiture couverte de moumoute.

Sa meilleure amie Victoire souffre du fish odor syndrome et pue à des kilomètres à la ronde. Son meilleur ami Pierre-Rachid, dit Pirach, a un père fanatique de l'intégration et une mère qui ne cuisine que des plats français bien du terroir. Grâce à leur amitié, Vania semble s'accommoder plutôt bien de son impopularité... mais redoute quand même son entrée prochaine au lycée. Jusqu'au jour où elle reçoit un mail anonyme qui lui enjoint de dépasser ses blocages pour commencer à vivre vraiment - de s'appuyer sur sa singularité pour devenir une fourmi rouge au milieu des fourmis noires...

Vania est une héroïne formidable, une perdante magnifique dont le sens de la répartie fait irrésistiblement penser à Mireille Laplanche dans "Les petites reines". Malgré ses mensonges récurrents, les erreurs qu'elle commet avec une belle régularité, son égocentrisme, sa mauvaise foi et même sa cruauté occasionnelle, sa voix intérieure témoigne toujours d'un humour si mordant qu'on ne peut que s'attacher à cette ado atypique et l'aimer exactement telle qu'elle est. Drôle et intelligent, "La fourmi rouge" est un formidable plaidoyer pour l'acceptation de ses propres différences, avec une fin pleine de sagesse et d'émotion que je m'en voudrais de vous spoiler. Pour moi, LE roman jeunesse de la rentrée littéraire, et sans doute même de l'année 2017.

Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture en avant-première!

dimanche 16 juillet 2017

"How to stop time" (Matt Haig)


Tom Hazard a 439 ans et l'apparence d'un jeune quadragénaire. Il a passé sa longue existence à sillonner le monde sans jamais rester plus de quelques années au même endroit, ni oser s'attacher à personne depuis qu'il a dû quitter son unique amour afin de la protéger. Souvent, il a songé à en finir par pure lassitude. Une seule chose l'aide à tenir: l'espoir de retrouver un jour sa fille Marion qui, elle aussi, vieillit au ralenti...

De Matt Haig, j'avais déjà lu "Rester en vie", un mémoire très intéressant sur son syndrome couplé de dépression et d'anxiété, et le roman "Humains" que je n'avais pas adoré (j'aimais l'idée de base, mais je n'ai pas été convaincue par son traitement). Après la place de l'homme dans l'univers, l'auteur se penche ici sur son rapport au temps - un sujet qui me passionne. 

Mais très vite, j'ai été prise par un sentiment de déjà-vu. Ce héros quasi-immortel. Ces chapitres très courts. Ces aller-retour dans l'espace et le temps. Cette société secrète qui veille sur les "albatros" et protège le secret de leur existence avec des moyens aussi brutaux qu'expéditifs. Tout cela me rappelait furieusement "Les quinze premières vies d'Harry August", mais en beaucoup moins bien écrit, avec une histoire nettement moins passionnante et bien entendu sans la fin magistrale. En découvrant que "How to stop time" allait faire l'objet d'une adaptation cinématographique avec Benedict Cumberbatch dans le rôle principal, j'ai juste eu envie de hurler à l'injustice. Je suppose néanmoins qu'à condition de ne pas avoir lu le roman de Claire North, on peut le trouver assez distrayant. 

jeudi 13 juillet 2017

"La libraire de la place aux herbes" (Eric de Kermel)


Lasse de sa vie parisienne, Nathalie s'installe dans la charmante petite ville d'Uzès. Mais ses enfants sont assez grands pour avoir quitté la maison et son mari continue à exercer son activité d'architecte dans la capitale, de sorte qu'assez vite, elle s'ennuie. Un jour, elle remarque sur la place aux Herbes un panneau "A vendre" dans la devanture de la librairie locale. Lectrice passionnée depuis toujours, elle décide de se lancer dans l'aventure. Ce sera pour elle l'occasion de faire quelques belles rencontres, et d'influer sur la vie de ses clients autant qu'eux-mêmes enrichiront la sienne...

Narré à la première personne, "La libraire de la place aux herbes" fait d'abord penser à un témoignage qu'aurait recueilli Eric de Kermel. Mais assez vite, le profil bien particulier des clients de Nathalie, le style très littéraire jusque dans les dialogues et les réflexions intimes qui émaillent le texte font réaliser qu'on est en présence d'une fable humaniste. Chaque chapitre se focalise sur une rencontre précise, dresse le portrait d'un client et raconte ce que la libraire et lui s'apportent mutuellement.

C'est de toute évidence un livre destiné aux amoureux des livres, qui évoque des dizaines d'ouvrages français ou étrangers, classiques ou contemporains, connus ou méconnus, et chante même au passage les louanges d'une ou deux maisons d'édition. En plus d'y piocher quelques idées de lecture, les amateurs hocheront sans doute la tête durant les passages où Nathalie parle de la place que la littérature tient dans sa vie, de l'aide qu'elle lui a apportée par le passé, de la manière dont elle l'aide à structurer son rapport à elle-même, aux autres et au monde.

Si j'avoue avoir été quelque peu rebutée par une écriture manquant de fluidité à mon goût, j'ai beaucoup apprécié la façon dont l'auteur dépeint Uzès et en restitue l'atmosphère typiquement provençale. J'ai aimé aussi la bienveillance qui émane de ses propos, la recherche de sérénité sans aveuglement ni mièvrerie que mène son héroïne. Et surtout cette petite phrase prononcée par une nonne: "Il ne faut jamais se priver d'être heureuse", dans laquelle je retrouve complètement ma propre philosophie de vie. 

Merci aux éditions Eyrolles pour cette lecture.

samedi 8 juillet 2017

"La maison au bord de la nuit" (Catherine Banner)


Au large de la Sicile, sur l'île de Castellamare, caillou fertile bercé par le sirocco et les légendes locales, Amedeo Esposito peut enfin poser ses valises. Elevé à l'orphelinat de Florence, ce médecin a un don pour le bonheur. Or, l'île lui réserve bien des surprises. A commencer par l'amour: partagé entre deux femmes, Amedeo fait le choix de bâtir avec l'une. Et qu'importe si l'abandon de l'autre lui coûte sa réputation et son titre de médecin; avec celle qu'il épouse et les quatre enfants qu'elle lui donne - dont Maria-Grazia, la rescapée, la prunelle de ses yeux -, Amedeo restaure une vieille bâtisse surplombant l'océan et rouvre le café qu'elle abritait. 

C'est ici, dans la maison au bord de la nuit, sur fond de guerre ou de paix, de crise ou de prospérité, que quatre générations d'Esposito vont vivre, mourir, aimer, se déchirer, s'effondrer et se relever sous le regard de la sainte patronne locale, Sant'Agata, toujours prompte à réaliser quelques miracles...

Parfois, j'ai envie d'un roman qui va m'apprendre des choses nouvelles. Ou d'un roman au message fort qui me fera avancer dans mes réflexions sur la vie. Ou encore, d'un roman aux héros duquel je peux m'identifier pour rêver aux chemins que je n'ai pas pris, à ceux que je pourrais encore prendre. Et puis parfois, j'ai juste envie de me laisser absorber complètement par une très bonne histoire. Si celle-ci peut, en plus, me transporter ailleurs et me dépayser du tout au tout, c'est un bonus non négligeable. 

Ainsi "La maison au bord de la nuit", premier roman d'une jeune auteure de 28 ans dont je peux vous garantir qu'on n'a pas fini de voir ses ouvrages sur les tables des librairies. Avec une maîtrise étonnante, elle dépeint les relations au sein d'une minuscule communauté insulaire dans ce qu'elles ont de plus beau - la solidarité en temps de crise - et de plus hideux - la violence exercée par les fascistes durant la 2ème Guerre Mondiale. Elle fait vivre sous nos yeux les membres d'une famille, tous imparfaits et profondément humains dans leurs passions comme leurs failles, mais aussi une île qui devient petit à petit un personnage à part entière avec son histoire, ses humeurs et ses mystères. Une île un peu hors du temps au début, et que la modernité finira par transformer presque malgré elle. Bien que "La maison au bord de la nuit" compte plus de 500 pages, c'est trop vite que le vingtième siècle défile dans la salle du café où l'on croit presque sentir l'odeur des espressos, goûter le croquant des boulettes de riz et entendre marmonner les vieux joueurs de scopa tandis que dehors, une chaleur écrasante pèse sur les flancs rocailleux de Castellamare. Un roman prenant. 

Merci aux Presses de la Cité pour cette lecture. 

mercredi 28 juin 2017

"How not to disappear" (Clare Furniss)


Les vacance d'été de Hattie ne se passent pas tout à fait comme prévu. Ses deux meilleurs amis l'ont abandonnée: Reuben s'est enfui en Europe pour "se trouver", tandis que Kat a accompagné sa nouvelle chérie à Edimbourg. Pendant ce temps, Hattie se retrouve coincée chez elle à garder ses jeunes frère et soeur et à gérer les disputes autour du remariage de sa mère. Oh, et elle vient juste de découvrir qu'elle est enceinte, alors qu'elle n'a pas encore fini le lycée. 

C'est alors que Gloria, sa grand-tante dont tout le monde ignorait jusqu'à l'existence, débarque dans sa vie. Férocement indépendante et très amatrice de gin, elle présente les premiers signes de démence sénile. Ensemble, Hattie et elle se lancent dans un road trip - Gloria pour affronter enfin les secrets de son passé avant qu'ils ne s'effacent de sa mémoire, Hattie pour faire le choix difficile qui déterminera son avenir... 

Si les road trips et la perte de mémoire sont deux sujets qui m'interpellent, c'est bien la première fois que je les voyais réunis, qui plus est dans un roman jeunesse. La narration à la première personne alterne entre Hattie, une ado bien d'aujourd'hui, et Gloria, qui se remémore sa propre jeunesse à une époque où tout était très différent. Bien entendu, son histoire est tragique - et si je déplore qu'elle utilise un ressort narratif trop souvent employé à mon goût, je dois admettre qu'ici, il est vraiment bien amené. Des longueurs dans les deux premiers tiers m'ont presque fait abandonner ma lecture, mais j'ai eu raison de m'accrocher, parce que la fin de "How not to disappear" est extrêmement émouvante et délivre un très joli message: ce qui détermine notre identité, ce ne sont pas nos souvenirs mais nos émotions. 

lundi 26 juin 2017

"Bonheur fantôme" (Anne Percin)


Du jour au lendemain, Pierre, 28 ans, a tout quitté pour aller s'installer à la campagne, dans une bicoque pleine de courants d'air en bordure de départementale. Tout, c'est-à-dire Paris, ses amis, le monde du mannequinat, sa thèse avortée sur Simone Weil... Dans ce coin très vert, un peu paumé, il soigne ses chiens, ramasse des vieilleries qu'il revend, s'occupe de son potager et se convainc qu'il a fait le bon choix en optant pour la décroissance. A ses heures perdues, il écoute en boucle les vieilles chansons tristes de Mouloudji et écrit la biographie de Rosa Bonheur, une peintre féministe du XIXème siècle. Mais quelle raison profonde a poussé ce jeune homme à la beauté féroce à se mettre ainsi en retrait du monde?

C'est par ses romans jeunesse que j'ai découvert Anne Percin, mais c'est avec ce roman très adulte qu'elle aura achevé de me conquérir. Introspectif et d'une intensité presque douloureuse, "Bonheur fantôme" dresse le portrait d'un être complexe tourmenté par ses démons et par un amour qui continue à le crucifier au-delà de tous ses renoncements. La description de sa vie solitaire et contemplative à la campagne m'a fait penser à du Thomas Vinau en plus âpre. Une belle plongée en eaux apparemment troubles mais, au bout du compte, d'une limpidité étonnante. 

dimanche 25 juin 2017

"Danser" (Astrid Eliard)


Ils sont trois, âgés de treize ans, qui viennent d'entrer en première division à l'école de danse de l'Opéra de Paris: Chine la discrète, ravie d'échapper à une mère célibataire et négligente; Delphine la sociable qui passe son temps à l'infirmerie et se cache pour pleurer parce que ses parents lui manquent trop; Stéphane le cadet d'une famille de cinq garçons, prodige au physique disgracieux que les hormones commencent à tourmenter. Ils ont les mêmes problèmes, les mêmes interrogations, les mêmes doutes que tous les adolescents, mais doivent les mettre de côté pour se plier aux exigences de leur vocation précoce. Car pour devenir une Etoile comme ils en rêvent tous, ils ne peuvent se permettre aucun manquement à la discipline et doivent rester maîtres de leur corps en toutes circonstances...

Les amateurs de danse classique savent déjà combien l'apprentissage des petits rats est réputé difficile; les autres le découvriront ici à travers les trois jeunes héros qui tour à tour racontent la naissance de leur passion et leur adaptation à la vie de cet internat très particulier. A un âge où on ne pense souvent qu'à s'amuser et à enchaîner les expériences nouvelles, eux ont déjà choisi leur carrière et doivent presque tout lui sacrifier. Astrid Eliard pourrait forcer le trait en insistant sur la fatigue physique, les dérapages alimentaires ou les rivalités entre élèves; au lieu de ça, sans nier ces derniers, elle choisit de se concentrer sur l'intimité de ses personnages, leurs pensées les plus sincères et leurs sentiments les plus délicats ou les plus vifs. Un roman qui se lit d'un trait, et dont je regrette seulement la fin un peu abrupte.

samedi 24 juin 2017

"Gloutons & dragons T1" (Ryoko Kui)


C'est un groupe d'aventuriers tout ce qu'il y a de plus classique, parti à l'assaut d'un de ces donjons dans lesquels plusieurs de mes alter ego ont traîné leurs guêtres durant une bonne partie de mon adolescence. Quand sa soeur se fait gober par un dragon, le guerrier de la bande décide de repartir à l'assaut pour la délivrer avant qu'elle ne soit digérée. Le voleur est partant pour le suivre; la magicienne elfe crève la dalle et veut manger d'abord. Mais leurs fonds sont au plus bas, et on trouve peu de tavernes dans les sous-sols infestés de pièges et de créatures redoutables. Heureusement, nos aventuriers croisent le chemin d'un nain très versé dans la cuisine de monstres...

"Gloutons & dragons": le manga qui invente la gastronomic fantasy, clame la quatrième de couverture de ce tome 1. Et de fait, comme dans tout bon manga culinaire qui se respecte, chaque chapitre porte le titre d'un plat dont on suit la préparation et la dégustation. Sauf qu'ici, les personnages n'achètent pas les ingrédients au supermarché: ils doivent les chasser en risquant leur peau. Si le guerrier bien propre sur lui nourrit des fantasmes gustatifs délirants, la magicienne elfe, en revanche, pousse des cris hystériques devant le contenu de sa gamelle - avant de finir par admettre que c'est étonnamment délicieux. Quant au nain, il tient absolument à ce que l'équilibre diététique soit respecté et fournit la composition en protéines, en graisses, en vitamines et en minéraux de chacune de ses recettes.

J'ignore si les lecteurs biclassés rôlistes/gourmands, et donc susceptibles de goûter pleinement le piquant de cette série, sont légion. Mais j'en fais définitivement partie. Comment éplucher une mandragore? Y a-t-il quelque chose à bouffer dans une armure animée? Dans le basilic, du serpent et du coq, qui est la tête et qui est la queue? Comment récupérer l'huile du piège censé vous ébouillanter pour faire plutôt une bonne friture? "Gloutons & dragons" répond à toutes ces questions que vous ne vous êtes jamais posées, et plus encore! Un mélange  aussi improbable que réussi.

vendredi 23 juin 2017

"La merveilleuse boutique de crèmes glacées de Viviane" (Abby Clements)


Anna, 28 ans, est responsable marketing du Royal Pavilion, à Brighton, et vient d'acheter un appartement où elle compte s'installer avec son petit ami Jon et le jeune fils de celui-ci, Alfie. Sa soeur cadette Imogène bourlingue en Thaïlande où elle prend des photos sous-marine en vue de monter une exposition. A la mort de leur grand-mère bien-aimée, Viviane, elles héritent de sa boutique de crèmes glacées rétro qui vivotait à grand-mal depuis quelques années. Ce qui ne cadre pas du tout avec leurs projets de vie respectifs...

Visiblement, la recette qui permet à Jenny Colgan de cartonner dans les ventes fait des émules! Le problème, c'est qu'Abby Clements n'est pas aussi douée pour restituer des atmosphères qui font rêver, que ses dialogues sont loin d'être aussi vifs et que son histoire ne ménage pas la moindre surprise. Prévisible et nettement moins savoureux que les glaces de ses héroïnes, "La merveilleuse boutique de crèmes glacées de Viviane" est tout juste potable comme lecture de train ou de plage - vite lu, vite oublié. 

lundi 19 juin 2017

"Eléctrico 28" (Davide Cali/Magali Le Huche)


Bonjour, je m'appelle Armalite et j'achète des livres pour enfants juste pour les jolis dessins. Ici, ceux de Magali Le Huche dont j'avais adoré la version illustrée du roman jeunesse "Verte" de Marie Desplechin. En plus, l'histoire se passe à Lisbonne, une ville que j'adore et où j'ai déjà séjourné deux fois. Le tram 28, d'un jaune bien pimpant, est une institution là-bas: il monte et descend à travers les quartiers populaires, dans des passages parfois à peine plus larges que lui et en dessinant des virages hyper serrés.

Amadeo est le conducteur d'un de ces trams, un grand romantique qui se plaît à favoriser les rapprochements entre amoureux transis à l'aide de trois manoeuvres de son cru. Jusqu'au jour où il se retrouve à la retraite et se sent un peu seul... L'histoire est tendre et pleine de charme, l'atmosphère de Lisbonne rendue avec beaucoup de justesse. "Eléctrico 28": une jolie invitation au voyage et aux bisous, à partir de 3 ans et sans limite d'âge!



dimanche 18 juin 2017

"Les sorcières du clan du Nord T1: Le sortilège de minuit" (Irena Brignull)


Il y a 300 ans, une prophétie a prédit qu'une Hawkweed deviendrait la nouvelle reine de tous les clans de sorcières. Crécerelle Hawkweed tient à ce que le pouvoir revienne à sa fille Surelle. Alors, quand sa soeur Charlock accouche à son tour, elle se débrouille pour échanger magiquement le bébé contre une autre fillette née au même moment.

Ainsi Poppy, brune et ombrageuse, grandit-elle au sein d'une famille ordinaire en provoquant à la fois la folie de sa mère et quantité de phénomènes qui échappent à sa compréhension. De son côté, Clarée, blonde et douce, mène la triste existence d'une sorcière sans pouvoir méprisée par toutes ses soeurs. Mais à l'adolescence, le destin finit par les réunir - et contre toute attente, une amitié très forte grandit entre elles...

J'avoue: plus encore que le thème, c'est la superbe couverture embossée de "Le sortilège de minuit" qui m'a donné envie de le lire. Qu'il s'agisse du physique des deux héroïnes, de leur façon de s'habiller ou de l'endroit dont elles sortent, tout ce qui les oppose y est parfaitement illustré. Poppy et Clarée ont grandi avec l'impression de ne pas être à leur place, un sentiment commun à beaucoup d'adolescent(e)s. Sauf que dans leur cas, elles ont raison sur un plan très littéral! 

Plusieurs choses m'ont agréablement surprise dans ce premier roman d'Irena Brignull. D'abord, au lieu de situer cette histoire dans un monde de fantasy ou un passé vaguement historique, l'auteure choisit de la faire se dérouler de nos jours dans un pays occidental qui n'est jamais nommé - mais où on boit du Coca zéro. Comme elle s'abstient également de moderniser le concept de sorcières, elle produit un authentique choc de cultures entre le clan archaïque installé dans des roulottes au fond des bois et le monde extérieur qui est celui que connaissent tous les lecteurs. (En contrepartie, on a parfois du mal à suspendre son incrédulité: il semble impossible que les sorcières n'aient jamais été découvertes et, avec tous leurs pouvoirs, se contentent de vivre en recluses sur un territoire aussi limité!)

Autre bonne surprise: l'atmosphère très noire, surtout pour un roman jeunesse. La mère de Poppy est devenue folle et a dû être internée; son père tient la jeune fille responsable de tous leurs malheurs et ne lui prodigue jamais la moindre marque d'affection. Leo, le garçon qui va bientôt se retrouver tiraillé entre Poppy et Clarée, est SDF depuis plusieurs années, et l'auteure présente ses conditions de vie sous un angle des plus réalistes qui tord le coeur. Je ne suis pas fan des triangles amoureux, bien trop fréquents à mon goût dans la littérature jeunesse, mais le personnage de Leo est ici celui que j'ai trouvé le plus attachant. 

Le point faible de ce tome 1, c'est qu'il explore assez peu le fonctionnement de la société des sorcières (il ne s'attarde pas non plus sur le monde ordinaire où Poppy a grandi, mais on s'en fout, parce que tous les lecteurs le connaissent déjà). Par exemple, chaque clan vivant tout seul dans son coin en auto-suffisance, on peine à comprendre l'intérêt et la fonction d'une reine, ou la raison pour laquelle les sorcières sont prêtes à s'entre-tuer pour des questions de succession, ce qui amoindrit l'impact de la confrontation finale. Mais comme il s'agit d'une série, j'imagine que le sujet sera abordé dans les tomes suivants. 

Merci à Gallimard Jeunesse pour cette lecture. 

samedi 17 juin 2017

"Miss you" (Kate Eberlen)


Teresa et Angus se croisent pour la première fois à Florence, à la fin de l'été 1997. Teresa est alors sur le point de perdre sa mère d'un cancer et de voir ses rêves d'études universitaires s'envoler car elle est la seule à bien vouloir s'occuper de sa petite soeur autiste, Hope. De son côté, Angus court pour oublier que quelques mois plus tôt, son frère aîné Ross - le fils préféré de leurs parents - est mort dans un accident de ski. Il s'apprête à faire médecine comme le défunt, mais sans aucun enthousiasme. Au fil des ans, Teresa et Angus ne vont cesser de se rater partout où ils iront avant de se découvrir à un moment où il semble qu'il n'y a plus d'espoir pour eux...

Si cette présentation de "Miss you" vous rappelle "Un jour" de David Nicholls, c'est bien normal - moi-même, je n'ai cessé de comparer les deux durant ma lecture. Mais le roman de Kate Eberlen, lui, fait fi de tout souci de vraisemblance. Seize ans de rencontres manquées pour que, à la fin, les deux héros se rappellent qu'ils se sont parlé pendant trente secondes lors de leurs précédentes vacances en Italie. J'avoue, je suis jalouse de leur mémoire. En revanche, ils peuvent se garder le manque de discernement qui leur fait enchaîner des choix de vie épouvantables jusqu'au moment où le coup de foudre les frappe enfin et où ils commencent à parler mariage au bout de 24 heures.

On ne dirait pas, mais j'ai dévoré "Miss you". Malgré l'énorme suspension d'incrédulité qu'il exige du lecteur, je l'ai trouvé bien écrit, à la fois touchant et réaliste dans sa façon d'aborder des sujets difficiles tels que le deuil, l'autisme ou le cancer. J'ai apprécié le fait que les vies parallèles des deux héros se faisaient écho de maintes façons, de sorte qu'ils semblaient réellement destinés l'un à l'autre. Et j'ai beaucoup apprécié la conclusion de Gus, dans le genre "De toute façon, on ne sait jamais de quoi demain sera fait". Puis ce n'est pas tous les jours qu'on lit une histoire d'amour qui s'arrête au moment de la rencontre des amoureux!

Article publié à l'origine en septembre 2016, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

vendredi 16 juin 2017

"Comment maximiser (enfin) ses vacances" (Anne Percin)


MAXIME MAINARD EST DE RETOUR!

Pardonnez-moi de crier, mais j'ai littéralement bondi de joie en découvrant au hasard du rayon jeunesse de ma Fnac qu'Anne Percin venait de sortir un quatrième tome des aventures de son héros si gouailleur et attachant. Déjà deux ans que j'avais dévoré les trois premiers, et je n'espérais pas revoir Maxime un jour. Pour une bonne surprise...

Dans "Comment maximiser (enfin) ses vacances", Maxime vient de décrocher son bac avec mention très bien et... d'être recalé à l'entrée de Sciences Po, où il rêvait de faire ses études depuis toujours. C'est l'occasion d'explorer sa nouvelle passion pour la musique. Maxime embarque les autres membres de son groupe de rock, mais aussi ses potes Alex et Kévin, sa petite amie Natacha et même sa soeur Alice: direction le bassin d'Arcachon, où le Kremlin a été engagé pour se produire durant le festival de la Moule...

Autant le dire de suite: je n'ai pas tout aimé dans cette "saison 4". L'humour de Maxime, qui me faisait mourir de rire jusqu'ici, m'a paru souvent forcé, et extrêmement lourdingue par moments. Surtout, j'ai eu un gros problème avec le fait que, lors de ses disputes avec Natacha, tous deux se bousculent et se mettent des claques. Je trouve que banaliser la violence physique sous prétexte qu'il s'agit de jeunes gens au tempérament vif est un parti pris dangereux lorsqu'on s'adresse à un lectorat adolescent. Même s'il ne s'agit que de deux ou trois scènes courtes sur 400 pages, c'est un élément qui m'a beaucoup dérangée, voire choquée.

A côté de ça, l'auteure décrit très bien les sentiments de Maxime lorsqu'il est sur scène, la façon dont la musique le transporte. Et j'ai aimé qu'elle l'amène à remettre son avenir en question, à s'interroger sur ce qu'il veut vraiment et à envisager des possibilités nouvelles - c'est, de nos jours, un thème qui peut parler à beaucoup d'adultes! C'était chouette aussi d'en apprendre davantage sur les acolytes de Maxime, notamment les trois autres membres du Kremlin, et de les voir évoluer au fil du temps. Dans l'ensemble, malgré tout, un bilan de lecture mitigé qui m'empêche de souhaiter une "saison 5".

jeudi 15 juin 2017

"Outrun the moon" (Stacey Lee)


San Francisco, 1906. Fille d'un couple d'immigrés chinois, Mercy Wong est une adolescente pleine de caractère, comme le trahissent ses pommettes hautes selon sa mère qui lit sur les visages et prédit l'avenir. Bien qu'amoureuse de son ami d'enfance Tom, elle n'a aucune intention de devenir une épouse docile: elle veut faire fortune, habiter un manoir sur Nob Hill et surtout arracher son petit frère Jack aux seize heures quotidiennes de labeur harassant qui l'attendent au pressing tenu par leur père. A force de détermination et de ruse, elle parvient à intégrer St-Clare, une académie réservée aux jeunes filles de la bonne société blanche - où elle reçoit un accueil plus que tiède de certaines de ses camarades autant que de la sévère directrice. Jusqu'à ce jour d'avril où un monstrueux séisme ravage la ville...

Comme c'est rafraîchissant de lire un roman jeunesse où les préoccupations amoureuses de l'héroïne n'occupent qu'une place ultra-secondaire! Féministe un peu avant l'heure, Mercy refuse d'entrer dans les cases préparées pour elle et se montre admirablement entreprenante. Malgré son esprit rebelle, elle est très attachée à sa famille et à sa communauté, et son bon coeur la pousse à vouloir sauver tout le monde - comme le lui reproche la blonde Elodie Du Lac, sa némésis à St-Clare. A travers Mercy, Stacey Lee explore le thème du racisme de façon vivante et concrète. Elle utilise intelligemment le drame du tremblement de terre pour bouleverser la donne sociale et tisser entre les survivants éplorés des liens qui auraient été inimaginables dans d'autres circonstances. En refermant "Outrun the moon", on a le coeur à la fois serré et gonflé d'espoir. J'espère qu'il sera très vite traduit en français (et au pire, je veux bien m'en charger moi-même!).

jeudi 8 juin 2017

"Eleanor Oliphant is completely fine" (Gail Honeyman)


Eleanor Oliphant, bientôt 30 ans, travaille au service financier d'une société de design graphique, à Glasgow. Ses collègues se moquent ouvertement de sa façon de s'exprimer et de ses manières bizarres, mais Eleanor s'en fiche. C'est une créature de principes et de routines. Tous les midis, elle mange son sandwich en faisant les mots croisés du journal. Tous les vendredi soir, elle va faire ses courses chez Tesco. Et tous les week-ends, elle reste enfermée chez elle avec sa plante Polly, à descendre 2 litres de vodka pour ne surtout rien ressentir. 

Eleanor n'a pas d'amis et pas de famille hormis une mère enfermée dans un hôpital psychiatrique, qui lui téléphone tous les mercredi soir pour la rabaisser et l'humilier encore et encore. Mais malgré les cicatrices sur le côté droit de son visage, malgré son enfance trimballée de famille d'accueil en famille d'accueil, malgré la violence du seul petit ami qu'elle a jamais eu, Eleanor trouve que sa vie n'est pas si affreuse. Lors d'une soirée organisée par son entreprise, elle a le coup de foudre pour le chanteur d'un groupe local et décide immédiatement qu'il est l'homme de sa vie. Fidèle à son mode opératoire, elle met au point une stratégie logique pour le conquérir...

J'ai acheté "Eleanor Oliphant is completely fine" en pensant tenir un "The Rosie project" ("Le théorème du homard") au féminin. Mais Eleanor n'est pas une autiste Asperger attachante en dépit de sa maniaquerie: c'est une femme au passé dramatique qui s'est délibérément isolée pour se protéger, une survivante pragmatique qui refuse l'auto-apitoiement et assume sa totale absence de compétences sociales. Si j'ai souvent souri à la lecture de ses réflexions, ce n'était pas parce que je me moquais d'elle mais parce qu'elle mettait en évidence l'absurdité de beaucoup de nos conventions. Et parce qu'il fallait bien cette part d'amusement pour contrebalancer l'émotion poignante que le personnage suscite un peu plus à chaque chapitre. Au fur et à mesure qu'elle réapprend à s'ouvrir grâce à sa rencontre avec Raymond (le nouveau du service informatique qui mange la bouche ouverte, s'habille comme l'as de pique et envoie d'incompréhensibles mails en langage SMS), Eleanor voit remonter à la surface des souvenirs réprimés depuis trop longtemps, et petit à petit, on reconstitue son histoire tragique en même temps qu'elle, jusqu'à une fin surprenante qui évite tous les écueils de la mièvrerie. Un très beau premier roman, et une héroïne que je n'oublierai pas de sitôt.

mercredi 7 juin 2017

"A boire et à manger avec Sonia Ezgulian" (Guillaume Long)


Pour le quatrième tome de sa série "À boire et à manger", Guillaume Long s'est associé avec la sympathique restauratrice Sonia Ezgulian qui lui fait découvrir ses recettes fétiches. Si l'idée pouvait sembler bonne, j'avoue n'avoir que peu apprécié le résultat. D'abord, ce n'est plus tout à fait une bédé: la moitié des pages environ est consacrée à des souvenirs écrits de Sonia Ezgulian ou au récapitulatif "au propre" des recettes abordées dans les pages dessinés. Au final, ce que j'apprécie dans ABAM n'occupe donc que 50% de l'ouvrage. 

De plus, si les recettes présentées mettent souvent l'eau à la bouche, beaucoup d'entre elles contiennent des ingrédients dont je n'ai jamais entendu parler et que je doute de pouvoir trouver facilement: le citron caviar du fameux beurre au citron caviar, pour n'en citer qu'un seul. Recherche effectuée, en plus d'être rare, il coûte une blinde! Or ce qui était sympa dans ABAM à l'origine, c'était justement que toutes les recettes pouvaient être reproduites facilement et sans faire des frais énormes. Bref, malgré la découverte d'une restauratrice à l'univers culinaire non dénué d'intérêt, je ne suis pas séduite par ce tome.

mardi 6 juin 2017

"Banana girl: jaune à l'extérieur, blanche à l'intérieur" (Kei Lam)


A l'âge de six ans, Kei Lam débarque à Paris avec sa mère pour rendre visite à son père, un artiste peintre qui vit là depuis un an. Elles sont censées rester deux semaines; en fait, elles ne repartiront jamais à Hong-Kong. 

L'auteure raconte sa découverte de la culture française, la curiosité qu'elle inspire à ses camarades de classe, les appartements minuscules dans lesquels sa famille va longtemps s'entasser, les problèmes administratifs auxquels ses parents sont confrontés et la façon dont, ayant très vite appris la langue locale, elle doit souvent servir de trait d'union entre eux et leur nouveau pays. 

Les dessins au trait en noir et blanc de son récit cèdent parfois la place à de belles illustrations aux couleurs éclatantes. Dans l'ensemble, "Banana girl" propose un témoignage intéressant, souvent amusant, parfois plus grave, mais toujours sincère et plein de charme.






Concours "Le défi aux étoiles T1: Génésis": la gagnante!




C'est donc Larissa qui remporte le livre cette fois. 

Envoie-moi tes coordonnées postales à: leroseetlenoir@hotmail.com

Merci à toutes pour votre participation, et à bientôt pour d'autres concours!

lundi 5 juin 2017

"La passe-miroir T3: La mémoire de Babel" (Christelle Dabos)


Deux ans et sept mois qu'Ophélie se morfond sur son arche d'Anima. Aujourd'hui il lui faut agir, exploiter ce qu'elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d'informations divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, elle rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuses suffiront-ils à déjouer les pièges d'adversaires toujours plus redoutables? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn?

Rarement j'ai attendu un livre avec autant d'impatience que ce tome 3 de "La passe-miroir". Trop d'impatience, sans doute, car lorsque j'ai entamé ma lecture, la déception s'est révélée aussi cuisante que mes attentes étaient stratosphériques. Pourquoi? Si vous tenez à le savoir, je vais devoir vous spoiler légèrement...

"La mémoire de Babel" se déroule sur l'arche du même nom. Et si je trouve que c'était une bonne idée de changer de cadre, tant l'univers inventé par Christelle Dabos semble offrir de possibilités alléchantes, je n'ai pas du tout été séduite par Babel qui n'a pour elle ni la fantaisie d'Anima, ni le mystère du Pôle ou l'extravagance de la Citacielle. Hormis pour quelques détails tels que les tramoiseaux et le Mémorial (dont le concept rappelle fortement le Mundaneum de Mons), rien sur cette arche ne m'a fait rêver.

Ensuite, Ophélie passe presque tout le bouquin dans une sorte de pensionnat où elle se fait bizuter et harceler pendant des mois, un thème que je trouve d'une banalité à pleurer comparé à l'intrigue des deux premiers tomes. Ici aussi, il se produit une série de crimes autour d'elle, mais qui se diluent dans les péripéties scolaires au point de ne m'avoir inspiré quasiment aucun intérêt. Globalement, l'action se traîne jusqu'au dernier quart du livre.

Enfin, mon plus grand regret est la quasi-absence de tous les personnages secondaires que j'en suis venue à adorer: Berenilde, la tante Roseline, l'insolent Archibald, Gaëlle et Renard ne font que de très fugaces apparitions, et à part peut-être Octavio, les nouvelles connaissances d'Ophélie à Babel sont toutes trop fades ou trop antipathiques pour susciter un véritable attachement.

Cependant, il faut admettre que Christelle Dabos écrit toujours aussi bien, et que la seconde moitié du bouquin se révèle nettement plus intéressante que la première. A elles seules, les révélations des derniers chapitres garantissent que je lirai le quatrième et dernier tome dès sa sortie. Même si je l'attendrais sans doute avec davantage de circonspection.

mardi 30 mai 2017

"Les secrets de Brune" (Bruna Vieira/Lu Cafaggi)


Brune doit bientôt entrer dans un nouveau collège sur sa propre demande, mais sa timidité la paralyse. Elle n'ose pas aller vers les autres, et elle a peur que personne ne lui adresse la parole. Alors elle se confie à ses cahiers et à sa meilleure amie Elsa...

Basée sur la véritable histoire de la blogueuse et youtubeuse brésilienne Bruna Vieira, "Les secrets de Brune" propose une série de courtes vignettes extraites du quotidien de l'héroïne plutôt qu'un scénario avec un début et une fin. Ici, pas de grands drames de type harcèlement scolaire, juste une hypersensibilité qui bloque l'adolescente dans son rapport aux autres.

Les illustrations tendres et douces de Lu Cafaggi restituent à merveille les états d'esprit de Brune, qui se voit minuscule quand il lui semble passer inaperçue et géante lorsqu'elle craint que l'attention générale soit braquée sur elle. Car en bonne adolescente, c'est une mine de contradictions: elle veut et ne veut pas qu'on la voie, s'est fait tatouer mais refuse de montrer les hirondelles sur son bras, se maquille pour qu'on la trouve jolie mais vit les compliments comme une agression. Une bédé touchante et qui sonne juste. 

Merci aux éditions Sarbacane pour cette lecture. 





lundi 29 mai 2017

Concours: "Génésis T1: Le défi des étoiles" (Claudia Gray)


Noemi Vidal se bat pour l’indépendance de la planète Génésis, une ancienne colonie de la Terre, dans une guerre qui oppose depuis des années son peuple et les armées de robots terriens. Lors d’une attaque-surprise, Noemi se réfugie dans un vaisseau abandonné où elle rencontre Abel, le prototype le plus sophistiqué jamais conçu. Abel devrait être son ennemi juré… mais la programmation de celui-ci l’oblige à obéir aux ordres de Noemi. Même si cela implique de combattre son propre camp, il devra l’aider à sauver Genesis. Tandis qu’ils traversent la galaxie, Noemi comprend qu’Abel est plus qu’un robot… et ce qu’Abel ressent dépasse toutes les limites de la programmation.

J'ai pris beaucoup de plaisir à traduire "Génésis T1 : Le défi des étoiles", un très joli roman de SF jeunesse paru il y a deux semaines chez Castelmore (et qui, malgré l'appellation de tome 1, propose une histoire complète en elle-même). Je vous propose aujourd'hui d'en gagner un exemplaire. Pour cela, laissez-moi un commentaire ci-dessous. Clôture du concours le lundi 5 juin à 23h59; tirage au sort et annonce du gagnant le lendemain. Envoi en Europe seulement. Bonne chance à tous!

vendredi 26 mai 2017

"Les mystères de Larispem T2: Les jeux du siècle" (Lucie Pierrat-Pajot)


L'an dernier, je découvrais avec beaucoup de plaisir le premier tome de la série jeunesse steampunk "Les mystères de Larispem". Si "Le sang jamais n'oublie" était essentiellement axé sur la découverte de l'univers, la présentation des personnages et la mise en place de l'intrigue, "Les Jeux du Siècle" démarre à fond dans l'action en réunissant les trois héros pour les faire participer ensemble à une sorte de jeu de l'oie grandeur nature qui se livre dans les différents arrondissements de Larispem, et dont les épreuves se révèlent toutes plus spectaculaires les unes que les autres. Bien entendu, ils devront affronter des adversaires redoutables, prêts à tout pour les éliminer...

Enfin sorti de l'orphelinat, Nathanaël a une chance de se bâtir une vie bien à lui chez les louchébems; confrontée à une tragédie familiale, la formidable Carmine baisse le masque et s'adoucit un peu; quant à Liberté, elle doit encaisser la découverte de ses origines et se colleter avec le décryptage du livre de Louis d'Ombreville. Pendant ce temps, un coup d'Etat se dessine sur fond d'attentats-suicide qui font tristement écho à l'actualité réelle. Lucie Pierrat-Pajot soigne son atmosphère autant que ses scènes d'action et continue à peindre de jeunes héros très différents les uns des autres mais tous aussi attachants. Bien que les révélations ne soient pas nombreuses dans ce tome 2, les pièces se mettent en place pour une confrontation finale qui s'annonce haletante. La suite (et fin), vite!

Merci à Gallimard Jeunesse pour cette lecture. 

mercredi 24 mai 2017

"Une soeur" (Bastien Vivès)


Comme chaque été, Antoine, 13 ans, va passer les grandes vacances au bord de la mer avec ses parents et son petit frère Titi. Mais cette fois, une amie de sa mère, qui vient de faire une fausse couche et dont le compagnon est en déplacement à l'étranger, les rejoint avec sa fille Hélène. Au contact de cette adolescente plus âgée et plus audacieuse que lui, Antoine va connaître ses premiers émois...

J'avoue: pour le suivre sur les réseaux sociaux et avoir lu d'autres de ses productions, j'ai toujours du mal à croire que Bastien Vivès puisse, à l'occasion, faire preuve de la sensibilité et de la délicatesse dont on pouvait déjà se délecter dans "Polina". Les expériences qu'il décrit ici sont si universelles; elles ont déjà été mises en scène tant de fois qu'"Une soeur" aurait pu être un ouvrage terriblement anodin et dispensable.

Au lieu de ça, l'auteur restitue avec beaucoup de justesse l'ambiguïté de la relation entre Antoine et Hélène, le mélange d'excitation et de crainte, d'incertitude et d'émerveillement que la seconde inspire au premier. On a tous connu un été pareil à un rite de passage. Dans un décor similaire, celui des soeurs Tamaki m'avait laissée assez froide il y a trois ans, mais celui de Bastien Vivès a su m'émouvoir jusqu'à la dernière image. 

jeudi 11 mai 2017

"Bien des ciels au-dessus du septième" (Griet Op de Beeck)


Eva a 36 ans; elle travaille auprès des détenus d'une prison et croit très fort qu'ils peuvent s'en sortir. Mais malgré son empathie et sa bienveillance, les hommes ne voient que ses kilos en trop, et Eva se sent bien seule. Sa nièce Lou, 12 ans, gamine mature qui adore dresser des listes, galère pas mal depuis son entrée au collège à cause d'une pimbêche kleptomane nommée Vanessa. Elsie, la soeur d'Eva et la mère de Lou, clame haut et fort son bonheur conjugal avec un néphrologue plus préoccupé par ses patients que par son couple, mais tombe folle amoureuse de Casper, un ami peintre d'Eva également en couple de son côté. Quant à Jos, le père d'Eva et Elsie, il ne supporte plus ni l'aigreur perpétuelle de sa femme, ni le lourd secret qu'il garde depuis trente ans, et peine à finir ses phrases entre deux verres de genièvre...

Avec beaucoup de finesse psychologique et une jolie plume, la néerlandaise Griet Op de Beeck nous fait entrer dans la tête de ses cinq personnages pour écouter la petite voix intime qui égrène leurs réflexions, leurs doutes, leurs chagrins. Certains font semblant pour la galerie; d'autres se mentent à eux-mêmes, esquivant les sujets douloureux jusque dans leur for intérieur. Malgré son joli titre, "Bien des ciels au-dessus du septième" n'est pas un roman feelgood qu'on referme le sourire aux lèvres, mais plutôt une galerie douce-amère de portraits entrecroisés, pleine de sensibilité et d'une poésie souvent douloureuse.

samedi 6 mai 2017

"Le journal intime de Baby George" (Clare Bennett)


"Le journal intime de Baby George", c'est - comme son nom l'indique assez bien - le journal intime fictif du futur héritier de la couronne d'Angleterre entre son premier et son deuxième anniversaires. Icône populaire dès sa naissance, George prend ses responsabilités très au sérieux et travaille déjà dur avec les différentes équipes chargées de son image publique. Ses parents sont accros aux séries télé, surtout Homeland, Downton Abbey et Game of Thrones. Kate, dotée d'une chevelure hypnotisante et fan de One Direction, passe son temps à comploter avec son BFF Harry et à lancer des vannes au reste du monde. William se soucie beaucoup de la protection des animaux, est un peu benêt et ne comprend pas toujours tout ce qu'on lui raconte (mais il rosit très souvent). Son oncle Harry demande sa tante Pippa en mariage trois fois par an et met régulièrement la honte à William en lui faisant des clés de cou. Son grand-père paternel parle à ses plantes, et son grand-père maternel ne va nulle part sans s'être déguisé. Son arrière-grand-mère est l'unique souverain d'Europe capable de réparer elle-même un véhicule à moteur grâce à la mini-trousse d'outils qui ne quitte jamais son sac - quand elle ne louche pas méchamment sur Brad Pitt en visite avec Angelina et leur smala au grand complet. Sa grand-tante Anne, super compétitive, tanne tout le monde pour jouer à des jeux de société à chaque réunion de famille. David, l'ami qui rend visite à son arrière-grand-mère une fois par semaine pour discuter de la gestion du royaume, est un boulimique dans le déni. Bref, George a déjà largement de quoi s'occuper avec tous ces barjots, et pas du tout envie de voir débarquer le cadet dont on vient de lui annoncer la naissance prochaine...

Vous cherchez un livre drôle et sans prétention qui vous fera rire aux éclats ou glousser bêtement le nez enfoui dans ses pages? Vous éprouvez une inexplicable affection pour la famille royale d'Angleterre et possédez une bonne connaissance de la culture populaire récente? N'allez pas chercher plus loin, et dépêchez-vous de vous procurer le réjouissant "Journal intime de Baby George" (en VO: "The Prince George diaries") de Clare Bennett.

4th August 2014
Mummy and Daddy are in Belgium today because of the First World War. My stylist dressed me in the traditional belgian costume of a beret and smock for my Skype call with them before supper. I like to show an interest in their trips, even when my schedule doesn't allow me to join them, because it's important to be supportive. Not my favourite costume, but my stylist said it was either that or they'd have to dress me as a waffle. 

5th December 2014
Who is Father Christmas by the way, and how does he know all this stuff about me? When I refused to eat the stupid kale and threw it on the floor, Maria Teresa said Father Christmas would know and I might go on the Naughty List. Well, hear this, Father Christmas - I too have a list of my own. It's called "People Who Will Never Get Knighthoods". You've been warned.

12th March 2015
Mummy went to the set of Downton Abbey today. Everyone was SO jealous. She came back with a wooden train for me from the George character in the story. She says he is the one who is only going to inherit an Earldom, poor thing.
- Did they tell you anything? Daddy asked desperately when she got home. 
- I watched some of the filming, yes, Mummy said.
- Tell me Isis is actually OK and it was all just a dream? Daddy said. 
- You don't have the clearance, I'm afraid, Mummy said. 

20th March 2015
Mummy started Googling baby names on her iPhone. 
- What about something from Game of Thrones? They're very popular at the moment. Daenerys or Tyrion or Jon Snow? she said. Then HBO might let us in on future plot lines. 
- Dracarys after one of Khaleesi's dragons? Uncle Harry said. 
- There are dragons in Game of Thrones? Daddy asked, sounding surprised. 
- You know nothing, Prince William, Mummy said in a wistful voice. 
- If you didn't spend every episode with your back turned and a cushion over your face shouting, "What's happening? What's happening?", you'd know that, Uncle Harry said. 
- But it's so brutal, Daddy said. 
- Brutal and BRILLIANT, Uncle Harry said. I still miss Sean Bean, though. 
- Why? What happened to him? Daddy asked. 

Article publié à l'origine en décembre 2015, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

mardi 2 mai 2017

"La maison des reflets" (Camille Brissot)


Dans un futur proche, les Maisons de Départ sont capables de fabriquer des clones virtuels de personnes récemment décédées, pour permettre à leurs proches de passer encore du temps avec elles et de faire leur deuil en douceur. Daniel Edelweiss, 15 ans, est l'héritier putatif du plus célèbre de ces établissements, où il a grandi entre un père absent, une mère morte et une gouvernante sévère qui lui sert aussi de préceptrice. Même si ses amis sont tous des reflets, même s'il ne sort jamais de chez lui, le jeune homme ne souffre d'aucune solitude et se prépare avec beaucoup de zèle à prendre la relève une fois adulte. Jusqu'au jour où son père lui confie la création d'un premier décor pour la Maison Edelweiss, et où Daniel se décide à s'aventurer à l'extérieur afin d'y chercher de l'inspiration. Dans une fête foraine de passage, il rencontre la radieuse Violette avec laquelle il entame une correspondance qui va bouleverser sa vision des choses et changer le cours de sa vie...

"Face à un deuil, on est toujours seul, il me semble. C'est un gouffre qui se creuse en nous, et personne ne peut en imaginer la profondeur car il faudrait oser s'en approcher, se pencher au-dessus du vide, perdre soi-même une partie de son équilibre. Et tout ça pour quoi? Pour découvrir l'épaisseur du chagrin qui se cache au fond et réaliser que la petite flamme que l'on a apportée s'y noiera aussitôt. Alors, on fait un pas en arrière. On se dit que la tristesse passera avec le temps, ou des formules de ce genre."

Pour son huitième roman, Camille Brissot a choisi d'aborder un sujet bien lourd par un angle qui, sans le dépouiller de sa gravité, lui prête un aspect presque onirique, une mélancolie douce qui aide le lecteur à réfléchir aux concepts d'humanité et de deuil en même temps que son jeune héros. J'ignore si ce récit initiatique parlera aux adolescents qui en sont la cible première; pour ma part, j'ai été enchantée par son originalité comme par ses références mythologiques, charmée par le dosage subtil de ses éléments doux et amers. "La maison des reflets" parle d'amour et de mort, de chagrin et d'espoir, et elle le fait avec un talent qui donne envie de s'intéresser aux autres ouvrages de l'auteur.

Merci aux éditions Syros pour cette lecture. 

dimanche 30 avril 2017

"Umami" (Laïa Jufresa)


Début des années 2000, à Mexico. Cinq maisons se dressent dans la Cour Cloche-en-terre. Amère est occupée par Marina Mendoza, une jeune provinciale anorexique qui enseigne les arts plastiques et invente des noms de couleurs par centaines: blanssible, jaunaigre, mauvasile... 
Ana Pérez Walker, quatorze ans, projette de planter une milpa traditionnelle dans la courette de Salée où elle vit avec ses parents, ses deux petits frères et le souvenir de la benjamine Luz morte noyée pendant les vacances chez leur grand-mère américaine. Sucrée abrite l'école de musique familiale. 
Pina, la meilleure amie d'Ana, vit seule avec son père Beto dans Acide depuis que sa mère, une danseuse qui avait des fourmis dans les jambes, les a plantés là pour refaire sa vie au bord de la mer.
Alfonso Semitiel, le propriétaire, s'est réservé Umami. Cet anthropologue spécialisé dans la consommation d'amarante est aussi le veuf inconsolable de Noelia Vargas Vargas, figure caractérielle et complexe avec qui il continue à dialoguer par-delà la mort tout en veillant sur les poupées qu'ils ont adoptées faute de réussir à avoir des enfants. 

Roman choral narré tour à tour par un habitant de chacune des maisons de la Cour Cloche-en-terre, "Umami" présente en outre la particularité d'être monté à l'envers: au lieu de se diriger vers un dénouement, il remonte dans le temps jusqu'à la source de la situation présentée dans les premiers chapitres. Une pièce après l'autre, le puzzle se met en place et dévoile la totalité de son image, mais à rebours. 
Si j'ai adoré cette construction, je n'ai pas accroché également à la voix de chacun des narrateurs. Mon préféré est de loin Alfonso qui, sans se leurrer sur ni sur ses propres défauts ni sur ceux de son épouse, parvient à garder vivant l'amour qui les unissait des années après la mort de cette dernière. La perte d'un être aimé (ou, dans un cas particulier, une carence affective plus floue) et les moyens par lesquels on y survit tant bien que mal: tel est le thème central de ce roman haut en couleurs et étonnamment savoureux. 

vendredi 28 avril 2017

"Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" (Céleste Ng)


1977, Ohio. Lydia Lee, seize ans, est une élève et une fille modèle. Elle est le grand espoir de son père, d'origine chinoise, qui projette sur elle ses rêves d'intégration, et de sa mère qui espère à travers elle accomplir ses ambitions professionnelles déçues. Mais à quoi rêve Lydia en secret? Lorsque la police découvre son corps au fond d'un lac, la famille Lee, en apparence si soudée, va affronter ses secrets les mieux gardés...

Si j'avais beaucoup entendu parler de ce roman à succès, d'abord lors de sa sortie en VO, puis de sa parution française en grand format, je m'imaginais à tort qu'il s'agissait d'un thriller. En réalité, dans "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit", le suspense est plutôt d'ordre psychologique. On est assez vite fixé sur les circonstances probables de la mort de Lydia, de sorte que la problématique réelle consiste à démontrer comment on en est arrivé là.

L'auteur procède par flashbacks qui auscultent les blessures intimes des parents à travers leur propre jeunesse, les circonstances de leur mariage et la naissance de chacun de leurs trois enfants. Elle démonte habilement l'implacable mécanique qui pousse James et Marilyn à ignorer leur fils aîné Nathan - pourtant un élève brillant - et leur petite dernière Hannah - toujours si discrète - pour placer sur les épaules de Lydia une pression que celle-ci n'a pas réclamée et dont elle souffre malgré son statut d'enfant préférée. C'est ainsi qu'une famille qui, en apparence, a tout pour être heureuse est gangrénée jusqu'à la moelle par les non-dits accumulés au fil des ans. Jusqu'au drame.

J'ajoute que ce roman bénéficie d'une belle écriture et d'une traduction fluide qui font défiler les pages toutes seules. Dans l'ensemble, une lecture très prenante.

mercredi 26 avril 2017

Concours "5 mondes T1: Le guerrier de sable": la gagnante!



C'est donc Dcerisier qui remporte le livre cette fois. 

Envoie-moi tes coordonnées postales le plus rapidement possible à: leroseetlenoir@hotmail.com

Merci à toutes pour votre participation, et à bientôt pour d'autres concours!